Notre bas de laine et nos politiciens

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Valère Audy
La Voix de l'Est

L'avoir collectif des Québécois amassé en prévision de leur retraite et autres besoins vient de fondre de 39,8 milliards $. Une perte de valeur colossale confirmée par la Caisse de dépôt et placement du Québec, gestionnaire, qui alimente les pires craintes: manque de liquidités, hausses de cotisations de toutes sortes, pensions moins généreuses, etc. Une situation qui pourrait empirer en supposant que l'économie se dégrade encore et que les objectifs, stratégies et règles de gouvernance ne soient pas revus. Si un revirement reste possible, ceux qui ne l'écartent pas doutent cependant d'une complète récupération.

Puisque cette affaire concerne tout le monde, les fonds des sociétés d'État (CSST, SAAQ, Rentes du Québec, etc.) et ceux de grands syndicats, dont les travailleurs de la construction et les fonctionnaires du Québec, étant confiés à la gestion de la CDPQ, il est normal que l'ensemble des citoyens s'inquiètent, qu'ils soient choqués, qu'ils exigent des explications et, surtout, un redressement de la gestion de leur bas de laine. Depuis quelques jours, tout le monde ne parle que de ça, particulièrement dans le monde politique et chez les gestionnaires.

 

Vu l'importance de cette institution ainsi que la confiance et la réputation dont elle jouissait jusqu'à l'an dernier, une aussi vive réaction n'est pas étonnante. Le contraire serait même inquiétant. Sauf que ce qu'on entend depuis quelques jours n'a rien de rassurant. Si d'aucuns veulent comprendre, d'autres cherchent des coupables à clouer au pilori. Le gouvernement Charest, qui s'applique en vain à dédramatiser une situation qu'il a d'abord niée, n'est pas sorti du bois. Il est accusé par ses adversaires d'imposture, d'avoir menti et de vouloir organiser une mascarade, ce à quoi il réplique avec une accusation de mauvaise foi.

Le gouvernement est bien prêt à aller en commission parlementaire, mais pas à convoquer n'importe qui. Ce qu'il craint, non sans raison d'ailleurs, c'est que ça tourne au cirque politique. Les arguments invoqués ne sont pas que prétextes. Mais il est clair que les uns veulent la tête du premier ministre et celle de sa ministre des Finances, que d'autres visent celle de l'ancien président Henri-Paul Rousseau. Cela tout autant que des mesures de redressement. Il s'en trouve également pour réclamer le démembrement de la CDPQ, d'autres pour en revoir la mission. Bref, on ne manque pas d'avis de la part de gestionnaires de carrière et, aussi, de pseudo-connaisseurs.

Or ce n'est pas de procès d'intention qu'on a en ce moment besoin, pas plus que de coupables à pendre sur la place publique et d'interférence des politiciens. Surtout que la CPDQ et ses administrateurs ont jusqu'à ce que la crise économique éclate fort bien géré notre avoir collectif. Certes, y a-t-on fait des erreurs avec les papiers commerciaux en y investissant trop, un désastre qu'une récession d'importance imprévue est venu amplifier. Les querelles et invectives de nos politiciens ne font rien pour améliorer la situation. Ça mine le moral du personnel de même que la confiance populaire.

La commission parlementaire envisagée ne favorisera peut-être pas l'examen le plus indiqué des pertes, de la gestion des risques, des orientations et de la gouvernance de la CDPQ. Les intérêts de nos politiciens sont à l'évidence trop partisans. Des experts externes, compétents et apolitiques pourraient analyser la situation plus froidement. Ce qui rejoindrait sans doute les préoccupations de la firme de notation de crédit Standard and Poor's qui s'inquiète des pertes enregistrées, qui craint l'ingérence politique, le démembrement de l'institution et l'instabilité de sa direction actuelle, mais qui maintient néanmoins sa cote AAA en plaçant l'institution sous surveillance pour trois mois.

Reste à voir si nos politiciens, qui se plaisent à jouer avec cette patate chaude, en viendront à se faire un peu plus sages ou s'ils persisteront avec leurs numéros d'indignation et d'invectives qui relèvent du cirque.

 

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