Pour mieux savoir et comprendre ce qui s'est produit, que ce soit à propos des papiers commerciaux et des autres investissements qui n'auraient pas obtenu le meilleur des rendements depuis quelques années, il faudra attendre quelques semaines alors que les dossiers inhérents seront disponibles, que les dirigeants de la Caisse, dont l'ex-pdg Henri-Paul Rousseau, et les porte-parole des grands déposants seront convoqués devant les élus pour répondre à leurs questions.
D'entrée de jeu, Mme Jérôme-Forget avait prévenu ses interlocuteurs qu'elle leur servirait à maintes reprises la même réponse, sachant bien sur quelle piste ces derniers voulaient l'engager. Que ce soit à propos des papiers commerciaux, de la gestion des risques, de la proportion des investissements à faire chez nous et à l'étranger, des règles de gouvernance, «posez ces questions aux dirigeants de la Caisse», de dire la ministre, ajoutant qu'elle est elle-même déçue du rendement et qu'elle se pose aussi des questions.
Si elle rappelait de son côté l'importance de l'indépendance de la CDPQ, une valeur jadis aussi défendue par Bernard Landry et Mme Marois, le critique péquiste en matière de Finances lui reprochait de ne s'être pas informée, de ne pas être intervenue pour limiter les dégâts et apporter des correctifs, de ne pas faire en sorte que l'institution investisse davantage au Québec, de ne pas réagir au fait que la plupart des portefeuilles ne rapportent pas autant que chez les concurrents, etc. Ce qui a amené François Legault à dire et répéter que la ministre n'exerçait «aucun leadership». Du côté de l'ADQ, le porte-parole ne réclamait rien de moins que «des excuses», ce que la ministre a qualifié d'«enfantillages».
Si les différents camps ont fait preuve d'un peu plus de civilité qu'au cours des derniers jours à l'Assemblée nationale, il reste qu'on n'en sait pas davantage aujourd'hui qu'auparavant, que le jeu de chacun reste aussi clair: éclairer bien sûr, mais tout en marquant politiquement des points. La crise de la CDPQ représente un os avec lequel les libéraux ne veulent pas se laisser étouffer, mais que les péquistes et les adéquistes ne veulent pas lâcher tellement il est gros et à leur sens juteux.
Voilà un débat qui durera. Non seulement pour savoir ce qui s'est passé, mais aussi parce que, à la lumière de ce qui vient de se produire, on s'inquiète pour l'avenir. Un débat qui restera d'autant plus corsé que les libéraux refusent d'intervenir dans la gestion et les orientations de la CDPQ alors que les péquistes ne manifestent pas à cet égard autant de clarté. Et ce qui n'aide pas du tout, c'est que le vocabulaire utilisé n'a pas le même sens d'un parti à l'autre.
La prochaine séance, celle où les élus questionneront les anciens et nouveaux dirigeants de la CDPQ ainsi que les délégués des déposants, fournira-t-elle un meilleur éclairage?
Espérons-le, car les Québécois ont droit de savoir pourquoi on a acheté autant de papiers commerciaux, pourquoi d'autres portefeuilles n'ont pas eu le rendement souhaitable, si le mode de rémunération est en cause, quels seront les impacts des pertes encourues sur les cotisations des déposants, quelles seront désormais les règles de gouvernance, etc. Pour l'instant, cela importe beaucoup plus, pour redresser la situation, que de chercher des coupables.
vaudy@lavoixdelest.qc.ca










