Ce choix ne vaudra pas grand respect au premier ministre qui n'avait pourtant pas besoin d'une nouvelle épine au pied dans le chaud dossier de la CDPQ. Il entérine la décision précipitée d'un c.a. qui est en cours de renouvellement. Qui a donc choisi et à partir de quelles considérations? Pourquoi n'a-t-on pas rencontré l'autre candidat? Ceux qui concluent à un processus questionnable et à l'improvisation n'ont peut-être pas tort.
Quant à M. Sabia, il arrive à la CDPQ au moment où celle-ci est vivement secouée en raison de pertes considérables au cours du dernier exercice et où plusieurs ne l'ont pas en haute estime, l'accusant d'avoir détruit Bell Canada, d'avoir transféré des services à Toronto, d'avoir quitté un bateau dont la vente a ensuite avorté. Les gens qui y ont perdu lui en veulent. Et certains Québécois lui en mettent gros sur le dos, soutenant de surcroît qu'il n'est pas un grand communicateur et qu'il s'y connaît peu en gestion de fonds.
Or, pas sûr que ce gestionnaire, qui a fait ses classes dans la fonction publique fédérale et au Canadien National sous Paul Tellier, un autre grand administrateur, soit aussi mauvais que d'aucuns le prétendent. Bell a commencé à perdre des plumes avant que M. Sabia s'y installe. Il y avait du ménage à faire. Il s'y est attaqué et il s'est alors pris des décisions d'affaires. Comme d'autres entreprises le font, parfois au bénéfice du Québec, mais parfois aussi à son détriment.
Si le groupe Teachers était disposé à payer le gros prix pour Bell, jusqu'à ce que la crise économique éclate et que la transaction foire, c'est sans doute que le morceau était intéressant et que M. Sabia n'avait pas si mal fait. Mais ça, il s'en trouvera toujours pour en douter, pour juger en tenant compte de ce qui fait leur affaire et en fermant les yeux sur le reste. Et, pour jouer dans ce genre de plat, embrouiller la situation, nos politiciens, qu'ils soient libéraux, péquistes ou adéquistes, ont beaucoup de talent.
Pour ces raisons, disons que le «timing» n'est pas bon pour M. Sabia, lequel n'est pas un mauvais gestionnaire pour autant. Et qui sait, peut-être réussira-t-il même si la côte semble difficile à remonter avec la situation actuelle de la Caisse et l'avalanche de critique qui déferle depuis sa nomination. Reste que les gens sont en droit de croire que, dans le contexte actuel, la Caisse et M. Charest auraient été bien avisés de faire un tout autre choix.
Cela dit, il faut regretter que des gens aient reproché à M. Sabia d'être né en Ontario et d'avoir l'anglais comme langue maternelle, que M. Landry ait beaucoup insisté sur sa culture canadian et que M. Jean Campeau l'ait qualifié de «restants des Teachers».
Ces propos, d'une inqualifiable mesquinerie, sont pour le moins inquiétants. Si un Canadien d'origine qui habite Montréal depuis 16 ans et qui se défend assez bien en français ne peut pas devenir un Québécois à part entière, cela étant de toute évidence réservé aux seuls francophones et Québécois de souche, quel message envoie-t-on alors aux étrangers que nous invitons à venir vivre chez nous et auprès desquels nous nous vantons d'ouverture? Quant à M. Campeau, il aurait dû se la fermer.
Notre langue est assez riche pour permettre à ceux et celles qui veulent exprimer leur déception, si profonde soit-elle, de le faire sans dire de bêtise et insulter.










