Au début, on pouvait parler de malaise. Quand le pape retire l'excommunication à un évêque négationniste, prétendant qu'il n'était pas informé des positions folichonnes de cet étrange attardé social, on déplore évidemment le système de communication et même d'information du Vatican. Les observateurs savent que la structure de l'Église laisse passer au compte-goutte les nouvelles qui la concernent. Même le pape ne peut savoir que ce que «ses fonctionnaires» veulent bien lui laisser savoir. Qu'il soit isolé, c'est un fait. Ce qui entache tout de même son autorité sur l'institution ecclésiale, même auprès de ses membres.
Les catholiques sont alors un peu frustrés de voir que le chef de leur Église n'est pas au courant de ce qui se passe dans une «église» parallèle, assez près de son coeur pour qu'il lui ouvre les portes du bercail. Le retour à Rome des défenseurs d'une Église passéiste ne semblait pas gêner Benoît XVI. Mais l'incident de l'évêque détraqué concernait la structure ecclésiale, sans trop provoquer le sentiment des fidèles.
Puis, quelques jours plus tard, un cardinal, évêque de Recife au Brésil, décide, lui, d'excommunier des gens qu'il trouvait indignes de son Église. Pas besoin de reprendre tout le récit: rappelons-nous que l'enfant de neuf ans, violée et enceinte de jumeaux, s'est fait avorter. Fille, mère, équipe médicale, tous excommuniés.
Au Vatican, un porte-parole déclare que son «frère cardinal» n'a fait qu'appliquer le droit canon. Ce qui ne convainc pas d'autres «frères»: au Brésil, en France, chez nous, des évêques se lèvent pour condamner cette excommunication. Tout en se disant défenseurs de la vie, ils jugent que la vie de la fillette valait bien celle du monstre.
Ces évêques ont peut-être compris que le droit canon contient une législation qui ne peut être ni absolue ni définitive. S'enfermer dans ce code législatif signifie demeurer figé dans un passé, au temps qui l'a vu naître. Partout, dans le monde, les codes évoluent. L'Église pourrait le reconnaître.
Surtout que la théologie traditionnelle, s'appuyant sur saint Thomas, son plus illustre penseur, a défini qu'il était acceptable, et normal, de se défendre contre un injuste agresseur. D'où la défense à la guerre, contre une armée qui envahit un territoire ou s'attaque à une population.
La notion d'«injuste agresseur» est extensible. Les Croisés, qui allaient chasser les musulmans de la Terre Sainte, avaient la conviction de combattre un injuste agresseur, même si on tuait pour la reprise d'une ville. S'il n'en avait été ainsi, il faudrait condamner saint Louis - et même l'excommunier -, lui qui dirigeait ses armées dans d'affreuses tueries. On tuait avec la conviction de bien faire, selon la volonté divine, contre un injuste agresseur.
Le législateur, soit-il cardinal ou autre, a-t-il le droit de contredire l'évangile où la seule règle semble être la miséricorde? L'effet produit est assez rare dans l'Église depuis des décennies: des évêques se sont dissociés de leurs confrères, de Rome comme du Brésil. Ce qui a pu inquiéter, mais aussi rassurer un bon nombre de catholiques.
Et puis, déclaration du pape sur les préservatifs qui, dit-il, aggraveraient le problème du SIDA. Là, tous les scientifiques, les organisations de santé, les spécialistes sur place ont élevé la voix. Ils savent que prêcher l'abstinence ne sert à rien; que le SIDA fait souffrir des milliers de familles; que la préservation la plus efficace, en ce moment, demeure le condom. D'où l'envoi d'un million de ces petits instruments de protection, en Afrique, par le gouvernement espagnol...
Les catholiques sont évidemment divisés sur les positions à prendre. Le plus gênant demeure que ceux qui contredisent la loi de l'Église s'appuient sur des arguments de compassion, de solidarité humaine, de combat contre le mal.
Oui, il y a crise chez les «bons catholiques», ceux qui s'identifient à leur Église et sont prêts à la défendre. Leur référence, l'évangile. Si le droit canon, s'en éloigne, c'est lui qu'il faut changer.









