Voilà des questions soulevées dans la foulée des pertes de la CDPQ et l'hypothèse de la vente du Canadien. Le nouveau président de la Caisse, Michael Sabia, en réponse à une question, ne s'est pas montré enthousiaste à l'idée d'investir dans Bombardier. Surtout pas à la seule fin d'en empêcher la vente. Mais il n'a pas fermé la porte. Dans le cas du Canadien, il n'a rien dit. Ce sont les gérants d'estrades qui questionnent depuis que M. Gillett a demandé l'examen de son montage financier et des propositions, ce qui peut mener à la vente du Canadien.
Les politiciens sont aux aguets, et favorables du côté péquiste, à une mise de la CDPQ dans le Canadien et Bombardier. Peut-être que d'autres politiciens et des citoyens seraient d'accord. Car le Canadien n'est rien de moins qu'une institution. De plus, il est rentable et vaut 330 millions $. Alors, pense-t-on, il n'y a rien à perdre. D'autant plus que Teachers, en Ontario, fait pas mal d'argent avec les Maple Leafs. Quant à Bombardier, on tient à ce géant aéronautique parce qu'il s'agit d'un fleuron de l'économie québécoise et qu'on a déjà perdu le contrôle d'un autre de nos fleurons, soit l'Alcan.
La CDPQ doit-elle céder aux pressions? Pas sûr. Si des Québécois manifestent de l'intérêt pour le Canadien, qu'on leur laisse. Quitte à les soutenir durant un temps, s'il y a lieu, tel qu'on l'a fait avec George Gillett. S'il s'agit d'étrangers, mais prêts à opérer à Montréal, comme actuellement, pourquoi s'en mêler? Faudrait être dingue pour vouloir transférer ailleurs l'une des équipes les plus rentables implantée dans une ville si friande de hockey que le Centre Bell est plein même quand l'équipe joue mal.
L'avenir de Bombardier dépendra de la reprise et du succès ou des difficultés que l'entreprise connaîtra contre les autres géants de l'aéronautique que sont Boeing, Airbus et Embraer. Si la CDPQ s'y implique, on imagine mal, vu les risques, que ce soit aussi massivement que dans les papiers commerciaux. Ses pertes l'inciteront à la prudence. Elle ne peut pas se permettre un autre revers, même pour sauver un fleuron. Impossible, toutefois, d'écarter à l'avance un investissement. Tout à coup que ce serait requis, acceptable et rentable.
Le danger, dans un cas comme dans l'autre, ce serait qu'on cède à l'émotion et verse dans la surenchère pour ensuite assister au dégonflement de la valeur des acquis. Il y a, à cet égard, de frappants exemples avec Vidéotron, Bell et Alcan. En misant trop ou en payant trop cher, la CPDQ pourrait écoper. Bombardier oeuvre dans un secteur de pointe, mais où les risques sont grands et les objectifs à long terme. Quant au Canadien, les critiques ne seront pas belles à entendre si les revenus chutent à cause de grèves ou des millions additionnels à verser en salaires aux athlètes.
Les questions soulevées feront couler encore beaucoup d'encre et de salive. Et les politiciens ne démordront pas. Surtout que le Canadien et Bombardier sont chers à la plupart des Québécois, l'un comme institution, l'autre comme fleuron de son économie. La direction de la CDPQ évolue de toute évidence sur un fil ténu, voire acéré. M. Sabia aura besoin de nerfs d'acier pour se rendre jusqu'au bout.










