Socialisons les pertes

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La Voix de l'Est

Après nous avoir claironné durant des décennies la liberté d'entreprise, la prédominance et les bienfaits de l'entreprise privée, la logique du profit, la réussite en affaires, le moins d'État dans la gouvernance de la société et surtout de leurs affaires, la déréglementation, le développement des marchés, la libre concurrence, le libre-échange, l'abolition des frontières et que sais-je? Et surtout après avoir accumulé des profits faramineux en spéculant sur tout ce qui bougeait, voici ces mêmes entrepreneurs, développeurs, industriels, financiers, banquiers, spéculateurs se «tourner» vers l'État pour que celui-ci éponge leurs dettes, prête de l'argent, subventionne leurs entreprises avec l'argent des contribuables pour leur éviter la faillite.

Ces mêmes entrepreneurs, développeurs, industriels, financiers, banquiers, spéculateurs qui ne juraient que par le modèle, qu'on l'appelle capitaliste, libéral, néo-libéral ou néo-conservateur, et qui nous promettaient d'assurer le développement optimal des ressources et de là, le bien-être de la société en général ont échoué lamentablement. Après avoir envoyé des millions de travailleurs au chômage pour maximiser leurs profits. Après avoir délocalisé et exploité à outrance les ressources humaines dans des pays en voie de développement pour satisfaire des actionnaires toujours plus gourmands. Après avoir ravagé plusieurs pays en exploitant les matières premières à un prix dérisoire. Après avoir valorisé la surconsommation et l'endettement facile. Après avoir défiguré l'environnement. Ils quémandent l'argent des contribuables, par gouvernements interposés, pour éviter une liquidation pure et simple. Liquidation qui augmentera le chômage, la précarité, les drames et les crises de toutes sortes.

 

Pas qu'il faille que les pays n'interviennent pas. Pas qu'il faille que les pays tentent, à tout le moins, de sauver les meubles pour assurer un minimum de stabilité. Le rôle de l'État étant d'assurer l'équilibre de sa société, il est inévitable qu'il intervienne. L'ampleur du désastre fait en sorte que cela va coûter des centaines de milliers de milliards de dollars aux contribuables: ces mêmes contribuables qui au fil des années ont été les victimes de ces mêmes entrepreneurs, développeurs, industriels, financiers, banquiers, spéculateurs. Comme gâchis, même Alfred Hitchcock n'aurait pu produire un film plus épouvantable.

Ces jours-ci se tient à Londres une rencontre du G20, regroupant les pays les plus puissants de la planète. Ils auront le mandat de définir de nouvelles règles du jeu d'un modèle qui sera toujours, à n'en pas douter, capitaliste, libéral, néo-libéral ou néo-conservateur. Mais ils nous promettent une refonte, un encadrement, des contrôles qui feraient en sorte de nous éviter un nouveau naufrage financier, économique. Peut-on les croire? Il nous est permis de douter.

Comment croire un Nicolas Sarkozy qui maintient des boucliers fiscaux indécents pour les grandes fortunes? Comment croire un Stephen Harper qui se fait le défenseur d'un développement ravageur des sables bitumineux? Comment croire un Silvio Berlusconi qui veut donner des leçons de démocratie à Barack Obama? Comment croire un Gordon Brown qui poursuit une politique qui a vu les écarts entre pauvreté et richesse se creuser depuis des décennies rendant l'Angleterre comparable à certains pays sous-développés?

Comment croire que de cette rencontre de Londres émergera un modèle répondant aux besoins de tous les contribuables et non pas seulement à certains entrepreneurs, développeurs, industriels, financiers, banquiers, spéculateurs?

Nous permettant de rêver, ils vont remettre en cause le modèle capitaliste, libéral, néo-libéral ou néo-conservateur. Ils vont s'attarder non seulement à contrer les abus d'un modèle, ils vont contrer la cause: l'exploitation de l'homme par l'homme à la recherche de profits démesurés et injustifiables pour le commun des mortels. Un miracle... on peut l'espérer... mais y croire?

Bernard Fournelle

Granby

 

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