Waterlô? Non merci!

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La Voix de l'Est

Je ne suis pas un francophobe. Je ne suis pas un anglophile non plus. Toutefois mes oreilles ont silé lorsque j'ai entendu dire que des gens voulaient que ma ville bien-aimée change de nom. En effet, certains francophones zélés, ou frustrés, dénoncent que Waterloo - ici prononcé comme il se doit, c'est-à-dire «Waterlou» - se prononce dorénavant «Waterlô». Leur raison: Waterloo est une ville majoritairement francophone et il est donc illogique qu'elle porte un nom anglais... Sur cette remarque plus qu'impertinente, un mot me vient immédiatement à l'esprit: «hein?» Mesdames et messieurs les défendeurs de «Waterlô», veuillez prendre en note les lignes suivantes.

Waterloo fut fondée en 1793 par des loyaliste anglais qui, ayant perdu la guerre d'indépendance américaine, étaient venus s'installer au Canada et ainsi créer les Eastern Townships. C'est à Hezekiah Robinson, dont la demeure est aujourd'hui un gîte, que la ville doit son nom. En effet, c'est lui qui a proposé d'adopter le nom de la ville où Napoléon a rencontré son Waterloo. Nous, Waterlois, sommes héritiers de cette histoire et il serait déplorable de lever le nez sur le nom de notre ville, qui fait partie de notre patrimoine.

 

Je ne suis pas totalement en désaccord avec l'idée qu'une ville puisse changer de nom. Si, par exemple, les gens de la municipalité de Saint-Venant-de-Paquette voulaient majoritairement que leur ville se nomme dorénavant «Untelville» en l'honneur de M. Untel qui a fait un exploit quelconque, et bien ainsi soit-il!

Cependant le fait de parler de Waterloo comme étant «Waterlô» n'a pas de raison d'être. Ce n'est que de l'enfantillage de la part de francophones ayant peur de se faire assimiler. Si nous suivions cette optique d'«anti-anglicisation», nous pourrions aller nous balader à «Wardant», à «Côaticôke», à l'«étang de Roxeton» ou encore à «Grambie» (tous les francophones savent que, devant un «B», c'est bel et bien un «M» et non un «N»). Mon cousin pourrait demeurer à «Chèrebrouke» dans l'arrondissement «Forêt de Roche» et je pourrais aller visiter mon grand-père dans son chalet situé à «Homme de l'Est».

Sincèrement, pouvez vous me dire, sans rire, à quoi bon cet acharnement? Du temps de la Nouvelle-France, les Français ont fondé, en Louisiane, la ville de Bâton-Rouge. Eh bien devinez quoi? Après environ 250 ans entre les mains anglaises, cette ville se nomme non pas «Red Stick» mais bel et bien toujours Bâton-Rouge! Il en va de soi!

Bref, si vous avez si peur de l'Amérique anglaise qui nous entoure, pourquoi ne concentrez-vous pas vos efforts sur l'enseignement du français à vos enfants? Sentez-vous réellement le besoin de redéfinir votre identité francophone lorsque vous vous baladez sur la rue Foster, Lewis ou Western? Si tel est le cas, jouez une petite partie de Scrabble en français avec votre famille au lieu de vous attaquer à notre patrimoine...

Marc-Antoine Bazinet, Waterloo

 

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