L'ensemble des représentations de la réalité, un paradigme, différencie les personnes bien plus que l'âge. De nos jours, deux grands modèles traversent la société. En simplifiant grandement, disons que le premier, issu de la pensée économique néolibérale, postule que l'être humain se caractérise comme un centre totalement autonome, un individu qui recherche son unique intérêt immédiat. Dans cette perspective, la société n'existe pas, il n'y a que des individus. Le marché est vu comme un mécanisme délicat où toute interférence occasionne de sérieuses problématiques. Ainsi, l'intervention étatique doit être réduite au minimum. Idéalement, cette doctrine préconise l'absence d'impôts, de taxes et d'emprunts publics, sauf pour maintenir «l'ordre».
Le second paradigme qui a émergé dans les années 1960, intègre davantage la notion d'interrelations complexes. Pour le modèle écologique, chaque être contribue au bien de l'ensemble de la communauté. Les «externalités» étrangers au paradigme néolibéral, comme une forêt urbaine, sont intégrées de facto au paradigme écologique. Ainsi, l'évaluation d'un projet s'effectue selon des paramètres inclusifs qui tiennent compte du long terme. Le paradigme écologique favorise la croissance de la vie plutôt que du seul PIB ou du remboursement de la dette publique à n'importe quel prix.
Pour bien distinguer les deux modèles, prenons l'exemple d'une bibliothèque publique. Pour le premier paradigme, une telle bibliothèque constitue un endettement inadmissible pour les contribuables puisqu'il incombe à chaque personne, individuellement, de trouver les voies pour accéder aux connaissances. Si elles n'y parviennent pas, pour de multiples raisons, leur sort en est jeté. Par contre, pour le paradigme écologique, la circulation des connaissances constitue une priorité car il en va de la vitalité d'une société. Conséquemment, une municipalité privilégiera des investissements pour s'assurer qu'une bibliothèque publique réponde adéquatement aux besoins de la communauté et plus particulièrement à ceux de ses citoyennes et citoyens les plus vulnérables. Les coûts financiers seront pondérés par les bénéfices inestimables d'une démocratie consolidée puisque le savoir sera partagé par toutes et tous.
Les oppositions décrites dans le sondage s'inscrivent davantage dans la confrontation de modèles plutôt que d'un conflit générationnel. Il est à parier que la population aura à choisir, lors des prochaines élections municipales, entre des paradigmes distincts qui portent des projets de société fort différents.
Patrice Perreault, Granby









