Une attitude d'autant plus incompréhensible qu'Omar Khadr n'avait que 15 ans au moment des actes reprochés, qu'il n'était pas à la guerre de son plein gré et qu'il se trouve visé par le traité opposé aux enfants-soldats auquel le Canada a adhéré, qu'il n'a pas été jugé, que le nouveau président américain a décidé de mettre fin aux procédures et, surtout, de fermer Guantanamo. En plus, faut-il le préciser, de réprouver les méthodes de torture utilisées dont Khadr a peut-être lui-même souffert.
Pourquoi alors laisser moisir ce Canadien à Guantanamo? Tous les autres pays ont rapatrié leurs ressortissants. Le Canada doit fournir des explications. D'autres que celle voulant que Khadr ait fabriqué des bombes semblables à celle qui vient de tuer l'une de nos militaires, une hypothèse déplacée de la part du ministre Cannon à ce moment-ci. Mais en aurait-il que ça ne changerait rien. Que fera-t-on de Khadr le jour où on fermera Guantanamo? «L'enverra-t-on sur la Lune» pour reprendre Gilles Duceppe?
Au lieu de s'entêter, M. Harper ferait bien d'oublier l'appel, de rapatrier ce ressortissant, de lui faire un procès ici s'il en faut un, de permettre à ce jeune homme de se forger un avenir. Surtout que ses erreurs, ce sont plutôt celles de son père qui l'a entrainé dans la galère afghane que les siennes à lui. Est-ce trop attendre de l'équipe Harper qui se traîne déjà les pieds dans d'autres dossiers, dont celui des deux jeunes Canadiens menacés de mort en Arabie Saoudite, de se mettre enfin à l'écoute, de s'occuper de ses ressortissants?
Le cas Khadr n'est pas le seul à faire rager. Dans le dossier du registre des armes à feu que M. Harper s'applique à affaiblir à défaut de ne pouvoir l'abolir, les conservateurs viennent de perdre un vote. Mais ils refusent de tenir compte de la voix de la majorité. Et sauf un député, ils étaient tous absents de la présentation du film sur Polytechnique. Ce qui prouve encore une fois qu'il n'y a rien de pire que quelqu'un qui ne veut ni voir ni comprendre de ce qu'ont à dire les victimes ou leurs proches, les policiers, les Québécois et de nombreux Canadiens à propos des armes à feu et des risques qu'elles font courir.
Avec pareille attitude, une question vient vite à l'esprit: ça donne quoi d'élire des députés si le premier ministre et ses acolytes peuvent faire ce qu'ils veulent... même quand ils perdent un vote?
L'équipe Harper ne déçoit enfin pas qu'en matière de droits et sécurité. Il y a quelques mois, elle faisait grogner la colonie artistique québécoise avec ses coupures. Depuis, au tour de Radio-Canada de voir fondre son budget, de devoir couper dans son personnel et sa programmation. Faudra se contenter de moins et, évidemment, de reprises. Le même gouvernement refuse aussi les gros sous que lui réclame le Québec pour l'harmonisation des taxes. Ottawa voudrait tout percevoir et gérer lui-même. Québec ne veut rien savoir et à bon droit puisque que le système existant - en vertu duquel c'est Québec qui perçoit et remet - fonctionne bien et que l'inverse pourrait mener à de sérieux accrochages.
Bref, le gouvernement conservateur de Stephen Harper voudrait-il perdre le Québec et même le pouvoir qu'il ne s'y prendrait pas autrement.










