Ignatieff couronné: réveil des libéraux?

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Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

Ce n'est pas une surprise: on le savait depuis des mois. Le plus surprenant, c'est que ce «couronnement» s'est produit non seulement sans campagne à la direction mais aussi sans déchirement interne depuis que Michael Ignatieff est choisi comme chef du Parti libéral et chef de l'Opposition. Subitement, c'est la paix, c'est l'entente, entre les partisans des anciennes équipes et même du «vieux» parti.

Il faut dire que l'arrivée d'Ignatieff coïncide avec la dégringolade de Stephen Harper dans l'opinion publique. Le premier ministre est apparu sous un jour antipathique sous bien des angles; disons simplement qu'on reconnaît ses origines de l'ensemble Alliance. Il a tenté de séduire les Québécois et sa démarche l'a favorisé un instant. Mais la passion amoureuse est passée sans retour d'affection. Trop d'erreurs, trop de mépris, trop de hargne: c'est fini. Arrive un nouveau chef libéral: c'est lui qui en profite.

 

On peut donc s'attendre, au congrès libéral tenu à Vancouver ces jours-ci, à un triomphe unanime pour le nouveau leader qui ne s'intéressait même pas à la politique canadienne il y a à peine deux ans. De loin, peut-être. Mais qui le connaissait? Qui espérait un tel sauveur?

Car sauveur, il l'est probablement. Du moins, pour son parti.

D'abord, il est évident qu'Ignatieff n'a aucun ni n'a jamais eu de liens avec «l'ancienne gang» d'Ottawa, celle de Jean Chrétien ou de Paul Martin, que la moitié du Canada voulait crucifier sur la place publique. Virginité totale: pas de passé politique. Ce qui n'aurait pas été le cas de ses «adversaires» qui avaient manifesté une certaine envie de l'aventure.

Mais aussi, Michael Ignatieff représente une nouvelle image de l'homme politique, celui de l'intellectuel qui a pu réfléchir depuis des années sur l'évolution de la société mondiale, qui a rencontré ceux qui se penchent sur le sujet et qui admirent son oeuvre écrite. Un simple coup d'oeil sur son dernier livre peut convaincre les sceptiques. Avouons que l'on a atteint un autre niveau...

Ce qui nous intéresse davantage, d'un oeil simplement de citoyen, c'est que Michael Ignatieff a une certaine idée du Canada... Il a un projet canadien. Il comprend la complexité du Canada, du Québec y inclus. Sa reconnaissance de la nation québécoise avait peut-être une petite dimension d'opportunisme; mais en lisant son récent livre, en grand partie écrit avant son entrée en politique active, il devient évident que sa vision du Québec est ancrée en lui. Avec un respect que l'on n'entend ni ne voit souvent «des deux côtés de la Chambre».

Bref, l'arrivée d'Ignatieff laisse prévoir une nouvelle ère politique d'une valeur nouvelle à Ottawa; un peu comme l'arrivée de Barack Obama à Washington... Le monde entier profite de celui-là. L'image du Canada pourrait lui profiter dans le monde entier.

Oui mais tout cela, à la condition que le Parti libéral puisse le mener à la tête du pays.

La désorganisation du parti est une évidence. On ne gagne pas une bataille sans «le nerf de la guerre». Les libéraux n'ont pas d'argent parce qu'ils ont perdu la confiance des militants; et davantage de la population. Il faut s'attendre à les voir faire bien des courbettes devant les conservateurs encore un bon moment, le temps de se refaire une santé quantitative et qualitative. Ils profitent du fait que Stephen Harper a lui aussi peur d'élections hâtives: sa déconfiture pourrait être pire que la dernière.

Ce qui donnerait aussi le temps à Ignatieff pour construire, avec son parti, un projet gouvernemental, un programme original, une proposition pancanadienne. Ce qui n'existe pas. Ignatieff a de belles idées, on le sait. Mais personne ne sait ce qu'il en ferait. Concrètement. Qu'est-ce qu'on fait avec cette vision de pays? Quelles politiques faut-il mettre en place pour que cette conception se concrétise?

Cela, on ne le sait pas. Michael Ignatieff a un pas de plus à faire pour mériter la confiance des Canadiens. Bientôt...

L'auteur a été président-éditeur de La Voix de l'Est en 1988-89

 

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