Ces patrons qui profitent de nous

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Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

Quand Barack Obama a décidé de limiter à 500 000 $ le salaire des présidents des banques que son gouvernement aidait, des républicains l'ont traité se socialiste. Socialiste! En fait, le président américain ne pouvait plus supporter, en pleine crise économique, les abus scandaleux d'abuseurs notoires. En plus de toucher un salaire de plusieurs millions de dollars et des «stock options» de faveur, de gros patrons s'octroyaient des bonis de 5, 10, 20 millions $ en quittant leur entreprise qui coulait à pic. Leur conseil d'administration, composé de «complices» qui mangent dans la main du chef pour obtenir des avantages comparables, ne pouvait pas s'opposer: ils attendaient le retour d'ascenseur.

De toute évidence, ces patrons se moquent de leurs actionnaires. Naïvement, ces derniers ont investi une partie de leurs économies en accordant leur confiance à des dirigeants préoccupés de leur richesse personnelle plutôt que du pécule des autres. Les actionnaires étaient impuissants parce que ignorants. Ils se sont fait tromper honteusement.

 

Chez nous, les exemples sont assez connus pour ne pas avoir à les citer de nouveau. On n'a qu'à penser à la papetière AbitibiBowater qui réclame 100 millions du gouvernement... tout en accordant à son président une prime de départ de 17,5 millions US, ajoutée à sa rémunération de 7,5 millions obtenue récemment. Tout cela pour avoir conduit sa compagnie au désastre!

Le problème est universel. La Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas, les pays scandinaves ont déjà mis en place une réglementation limitant ces injustices. Les États-Unis ont commencé, d'abord en coupant le salaire des présidents à la tête des banques qui reçoivent l'aide du gouvernement. Le président Obama s'est engagé, en campagne électorale, à mettre en place d'autres mesures pour éliminer les abus les plus criants. Premier objectif: obliger à la transparence les compagnies qui profitent du secret de leurs manigances.

Au Canada? Il est vraiment temps de passer à l'action. Même si le gouvernement Harper nous a habitués à prendre souvent en retard le train des mesures sociales essentielles à une société soucieuse de justice. Mais quoi faire?

Yves Michaud, le fondateur du Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires (MEDAC), a qualifié, dans le style qu'on lui connaît, ces rémunérations de «pharaoniques, excessives, hymalayennes, outrageantes, indécentes»! Sa suggestion pour ramener ces administrateurs à une vision plus responsable: que tout revenu excédant un million de dollars soit imposé à 90 %. Ouf! Qu'est-ce qui reste? Il y a sûrement des moyens moins radicaux pour parvenir à des mesures raisonnables, sans faire fuir les administrateurs de talent.

D'abord, un principe de base: récompenser les résultats positifs qui profitent aux actionnaires; éliminer toute gratification pour les résultats négatifs qui les pénalisent. Disons que c'est là une mesure qui «tombe sous le sens». En toute logique, on peut commencer par cela.

Dans un certain nombre de pays, les entreprises cotées en Bourse ont commencé à tenir un vote «consultatif» auprès de leurs actionnaires concernant la rémunération des dirigeants. Vous direz: «consultatif» n'oblige personne. Probablement pas: si le résultat est rendu public, il va sûrement conscientiser les investisseurs et conditionner le marché. La transparence est payante.

Plusieurs grandes sociétés canadiennes se disent en faveur du principe, entre autres les banques. Celles qui ne l'acceptent pas font partie des compagnies appartenant majoritairement à une famille. La situation est plus délicate. Mais on peut imaginer que la pression sociale les poussera à suivre le mouvement.

En fait, il s'agit de corriger les dérives du capitalisme qui pénalisent ceux qui l'entretiennent. Dans son évolution actuelle, le capitalisme a prouvé qu'il a besoin de réformes. Ce sera peut-être le bon côté de la crise: elle fera le ménage dans un système qui traite trop bien les plus habiles en méprisant les autres.

L'auteur a été président-éditeur de La Voix de l'Est en 1988-89

opinion@lavoixdelest.qc.ca

 

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