On n'a entendu que des répétitions, avec deux regrets concernant les PCAA et un manque de communication. La population insatisfaite et même révoltée peut porter ses jugements: l'information reçue nous fournit de bonnes pistes.
Première réflexion: si M. Rousseau n'est pas incompétent, il s'est entouré d'un personnel incompétent. Alors, ou bien il a décidé lui-même de poursuivre l'achat des papiers commerciaux, même s'ils étaient pourris dans l'oeil d'autres gestionnaires plus avertis; ou bien ses «acheteurs», vice-présidents ou autres directeurs, étaient aveugles, personnellement intéressés ou simplement inaptes à tenir de telles responsabilités. De telles erreurs de jugement n'auraient jamais été acceptées dans une entreprise privée. Des employés comme ceux-là auraient été rapidement remerciés.
Le problème avec une société d'État, c'est que leurs chefs ont un pouvoir immense qui leur donne une prétention d'infaillibilité. Ce n'est pas la première fois qu'on est témoin de manque de jugement, là comme ailleurs. L'image du cycliste qui tourne la tête une seconde et qui frappe un camion, comme disait M. Rousseau, est amusante; mais elle est inappropriée, injuste et fausse: il y avait des semaines et des semaines que l'on s'approchait de l'immense camion. On ne juge pas ici de l'intégrité de M. Rousseau. Mais l'incompétence du personnel de la Caisse est flagrante. Et c'est lui qui les a choisis et dirigés. Incompétence? Ils sont sûrement nombreux à mériter le blâme.
L'affaire des PCAA n'est pas la seule à creuser la perte de 40 milliards: on peut évidemment blâmer la crise actuelle, qui fait douloureusement pâtir les petits comme les grands investisseurs. Les plus avisés attendent patiemment que le marché reprenne; les plus nerveux ont vite vendu leurs actions. De toute évidence, les «experts» de la Caisse n'ont pas fait les bons choix: «Notre analyse des événements nous a incités à agir en fonction d'une probable aggravation de la crise...» Mauvaise lecture des événements, comme on le voit aujourd'hui: perte de 23,2 milliards dans la vente de placements, atténuée par 5,8 milliards de revenus de placements. Décision encore plus négative que celle touchant les PCAA. Niveau de compétence...?
Est-ce par peur que l'on montre du doigt les erreurs d'achats et de ventes avec leurs auteurs que la Caisse a demandé l'interdiction de publication du livre La Caisse dans tous ses états qui devait paraître la semaine dernière? Un livre qui serait très sévère pour la gestion de la Caisse. Il est de retour en librairie après avoir subi l'obligation d'être retiré des tablettes. Est-ce là une procédure normale pendant une commission d'enquête? Allons plus loin: est-ce acceptable?
Il serait possible que des lecteurs sérieux, attachés à la maison d'édition, y aient vu des énormités attaquant faussement des personnes et pouvant mener à des poursuites. On retire alors le livre pour s'éviter des ennuis. Ce qui ne serait pas le cas. On a souvent vu dans les librairies des publications virulentes pour des publics déjà conquis: ils ont été mis en vente au nom de la liberté d'expression. Le principe de liberté aurait-il deux sens ou deux applications? Quel pouvoir a alors la Caisse sur les tribunaux?
Donc, si on n'a pas toutes les réponses, on a tout de même en mains des indices. Tout ce qu'on peut faire est en avant: que le nouveau président Michael Sabia relève la qualité de gestion de la Caisse. Cela paraît possible. C'est surtout nécessaire.
L'auteur a été président-éditeur de La Voix de l'Est en 1988-89
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