Le piège de la contestation

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Valère Audy
La Voix de l'Est

Les politiciens des partis d'opposition se rangent souvent trop vite et facilement derrière les groupes et causes de contestation et revendication. Mais ils n'ont généralement que bien peu à proposer comme solutions réalistes aux problèmes évoqués. Bien sûr que les gouvernements ne méritent pas davantage de fleurs, eux qui ont la fâcheuse habitude de se traîner les pieds. Sauf que ces derniers, contrairement à leurs adversaires, sont confrontés aux limites que leur imposent l'exercice du pouvoir et les ressources de l'État.

Des dirigeants du Parti québécois, dont Pauline Marois, étaient par exemple présents sur les lignes de piquetage de l'UQAM pour encourager les syndiqués. On a aussi vu les députés bloquistes de Shefford et Brome-Missisquoi à une table de travailleurs pour réclamer l'abolition du délai de carence qu'impose l'assurance-emploi. Une revendication qui obtient l'appui des trois partis d'opposition à Ottawa.

 

Le PQ accuse le gouvernement Charest de ne rien faire pour venir en aide aux personnes âgées qui résident dans les centres d'accueil où elles souffrent de solitude et où les préposés aux bénéficiaires n'ont pas toute la formation souhaitable. De son côté, Québec solidaire accuse le gouvernement de n'avoir toujours rien fait, un an après la Commission Bouchard-Taylor, pour faciliter l'intégration des immigrants.

À Montréal, toutes les forces de l'opposition tirent sur le maire Gérald Tremblay, qui en arrache même avec les médias. Mais là également, ceux qui s'en prennent au maire et qui rêvent de son siège n'énoncent encore aucune idée précise alors qu'il ne reste même plus six mois avant les élections municipales.

Certes, est-il du devoir des politiciens de l'opposition et des citoyens de pousser dans le dos des gouvernements pour résoudre les problèmes, faire avancer les dossiers utiles au progrès de notre société. Mais il leur incombe également de se garder de positions auxquelles ils ne pourraient eux-mêmes donner suite s'ils accédaient au pouvoir. À cet égard, rappelons que le PQ a déjà dû retrancher pour avoir trop donné comme gouvernement. Et sans doute qu'il est heureux de ne pas avoir lui-même à négocier avec le Front commun CSN-CSQ-FTQ dans le contexte économique actuel.

Qu'il s'agisse du PQ, de l'ADQ et de Québec solidaire au Québec ou du PLC, du NPD ou du BQ à Ottawa, les forces de l'opposition se piègent lorsqu'elles se rangent trop rapidement et nettement derrières les groupes de contestation et de revendication. Pas parce que les causes sont mauvaises, mais plutôt parce qu'elles alimentent des attentes souvent trop coûteuses par rapport aux ressources de l'État. Elles deviennent incapables de modération, de dire non lorsque le réalisme l'impose.

Qui peut bien s'objecter à un meilleur traitement pour les chômeurs, les aînés et les immigrants? Personne. Même les clowns ne sont pas de trop, quoi que certains en disent. Car les aînés ont eux aussi le droit de rire. Mais là comme ailleurs, notre société ne peut progresser qu'à petits pas, soit à la mesure des moyens qu'elle a à investir. On peut évidemment rêver de l'idéal. Sauf qu'il y a un prix à payer à cette fin. Et les politiciens, même ceux de l'opposition, doivent démontrer qu'ils en sont conscients.

Quant à Montréal, il faut reconnaître à la défense du maire Tremblay que la structure de sa ville (avec ses arrondissements, leurs maires et pouvoirs) la rend quasi ingouvernable et que des gens de son entourage ont trahi sa confiance. Malgré les difficultés qu'il éprouve, il reste encore, selon le plus récent sondage, celui qui obtient le meilleur appui des citoyens.

Enfin, ce qui est vrai à d'autres niveaux politiques l'est aussi chez nous à Granby. Ceux qui contestent l'emprunt du boulevard de l'Estrie pour la piste cyclable et la fermeture du parc Richelieu, qu'ont-ils proposé comme solution réaliste? Rien!

vaudy@lavoixdelest.qc.ca

 

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