Michael Ignatieff, le sauveur

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Claude Boucher
La Voix de l'Est

On parle beaucoup, depuis quelque temps, de cet intellectuel devenu chef du Parti libéral du Canada. Il dit beaucoup de belles choses à propos du Québec; il souhaite conquérir le coeur des Québécois et, surtout, bien sûr, leur vote. Il multiplie les mots gentils à leur égard et les invite à joindre son parti pour exercer le pouvoir à Ottawa, avec lui. Tout cela est bien normal; on est en politique justement pour conquérir le pouvoir et l'exercer. Ce constat fait, il faut maintenant lui demander ce qu'il est prêt à proposer aux Québécois pour réussir son opération de charme.

P.E. Trudeau, en 1980, avait convaincu les Québécois de l'appuyer et voter non au référendum en leur disant que leur non serait un oui! Les changements souhaités par les Québécois seraient réalisés. Or, on le sait maintenant, il pensait le contraire de ce qu'il disait et a floué les Québécois en ramenant de Londres et en modifiant la Constitution canadienne, sans l'accord du Québec. Ce fut la rupture entre le PLC et le Québec.

 

Presque 30 ans plus tard, nous assistons à l'entrée en scène d'un intellectuel futuriste qui semble penser que le geste ignoble de P.E. Trudeau est disparu dans l'oubli. Malheureusement pour lui, quand une des deux nations qui forment un pays n'a pas signé le contrat social qui la lie à l'autre, malgré elle, il ne peut pas faire semblant que cette réalité, la plus fondamentale de toute en démocratie, est sans importance. Toutefois, il peut l'ignorer. C'est ce qu'il semble faire actuellement.

Dès son entrée en scène, on a comparé Michael Ignatieff à Barack Obama. On s'est vite ravisé. Il a sans doute l'étoffe pour susciter certains espoirs chez les Québécois et les Canadiens. Mais il a un immense problème: pour l'ensemble des Canadiens, la réconciliation binationale passe par la mise au pas des Québécois à la manière canadienne. C'est la voie de Trudeau, ce fut celle d'Ignatieff depuis toujours. Je vous suggère de visiter, par curiosité, le site des conservateurs, Quisuisje.ca. Peut-il véritablement changer et penser le Canada comme les pères de la Confédération l'ont imaginé, deux nations égales?

Il me dira sans doute que cette question n'intéresse pas les gens dans leur quotidien; bien sûr, que le gars qui part pour l'usine, le matin, n'y pense pas. N'empêche que ce même gars, lorsqu'il vote, élit des députés du Bloc québécois depuis 1993. Il y a des choix fondamentaux que la nation québécoise fait à l'occasion d'une élection.

Est-il bon aussi de lui rappeler qu'il a une définition variable de la nation québécoise. Il a publié un bien beau livre il y a quelques semaines appelant au dialogue et à la compréhension mutuelle entre les deux nations; mais pour lui «nation québécoise» veut dire quoi? Tiens, pour tester sa sincérité, demandons-lui s'il est prêt à rouvrir la Constitution canadienne pour reconnaître officiellement cette nation québécoise. Voilà, en réalité, la seule chose qui compte: la loi fondamentale d'un pays. Le reste c'est du verbiage, comme le font les conservateurs.

Alors, monsieur Ignatieff, êtes-vous prêt à matérialiser la réputation de sauveur qu'on semble vous fabriquer? Vous ne trouverez pas la réponse à Harvard, aux États-Unis, monsieur Ignatieff!

L'auteur a été député péquiste de Johnson de 1994 à 2007

opinion@lavoixdelest.qc.ca

 

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