Facebook a reconnu sa faute, a fait amende honorable et s'est engagé à apporter des correctifs aux excès de liberté de son type de communication interpersonnelle.
Bravo. On a au moins une preuve qu'internet ne peut pas tout se permettre, que l'État a encore un droit de regard sur certains éléments du système et qu'il accorde au citoyen un certain droit à sa vie privée. On répète tellement souvent qu'internet est laissé à lui-même sans aucune structure de surveillance: là, on devine une fenêtre qui s'ouvre au service d'une population victime de la nouvelle technologie. Oui, bravo.
Mais c'est peu, c'est si peu, à comparer à tout ce qu'internet peut charrier sans que personne n'ait le moindre contrôle sur son contenu. N'importe quoi et parfois le pire: rien ne peut l'en empêcher.
Et pourtant non. À partir d'un événement qui vient de se produire à Rawdon, on peut peut-être espérer quelque changement. À la condition que les citoyens se regroupent, élèvent la voix et fassent pression sur Ottawa. Revoyons les faits.
À Rawdon, petite municipalité des Laurentides, un site internet véhicule, depuis 2004, des insultes nourries envers Louise Major, mairesse (ou «maire» en français international) du lieu. Du genre «maire SS», «paranoïaque profonde», «bitch», «Mal incarné», «petit Furher» et autres qualificatifs semblables. Mme Major accuse le coup. Jusqu'en janvier 2008, où elle envoie une mise en demeure à l'exploitant du site; sans réponse. Elle entreprend alors des procédures judiciaires. Injonction interlocutoire, puis finalement, le 9 juillet, le jugement de la juge Danielle Richer qui oblige les «animateurs» à fermer leur site.
On lit, dans le jugement: «attaques vicieuses et personnelles (...), propos haineux (...) qui sont soutenus sans aucune information objective». La juge ajoute que ce type d'attaque porte même préjudice à la municipalité de Rawdon dans son entier. Elle aurait pu ajouter: à toute la classe politique et à la démocratie elle-même. Comment inciter d'honnêtes citoyens à se lancer en politique municipale quand ils risquent de se faire traîner dans la boue par des attaques de basse-cour? Pas besoin d'autre illustration pour expliquer le bas niveau du vote dans nos villes.
La liberté d'expression fait partie des «libertés fondamentales» reconnues par les chartes canadienne et québécoise. La question devient alors: où s'arrête cette liberté? A-t-elle des limites ou est-elle absolue?
La réponse se trouve dans la charte canadienne. Elle nous dit: «Les droits et libertés ne peuvent être restreints que par une règle de droit dans des limites... raisonnables».
Pour appliquer cette règle, il faut donc un «être de raison» quelque part. Or, personne ne sait encore si la Charte canadienne s'applique à internet... Donc, internet permettrait tout, en attendant que le gouvernement se décide à reconnaître à son contenu une référence qui fasse autorité. Ce qui, de toute évidence, n'existe pas; les jugements, qui pourraient se multiplier, sont alors tout simplement laissés au «bon jugement» personnel du juge.
C'est pourquoi on trouve sur ce moyen de communication les pires attaques, les pires diffamations ou les pires images pornographiques qui peuvent choquer tout adulte normal. Rien ni personne pour en empêcher leurs auteurs.
Oui, réglementer internet est immense défi. Il y a des génies de la technologie qui font faire des pas de géant à l'information. Il faudrait alors ou bien trouver des génies du respect des personnes; ou bien des citoyens décidés à faire des pressions pour que le gouvernement fédéral devienne un peu plus génial...









