Mais augmenter de 10 % le pourcentage de la souveraineté à l'intérieur du régime fédéral nécessiterait d'unir les Québécois autour non seulement de revendications claires et déterminées mais aussi d'un plan d'action efficace pour convaincre le Canada de manifester l'ouverture nécessaire. Pauline Marois a parlé d'une constitution pour le Québec, l'ADQ également. Débattre de ce projet, visant à stabiliser les fondements de notre vie collective, pourrait être un excellent point de départ pour rassembler les Québécois de toutes les allégeances autour d'objectifs politiques communs.
Mais, afin que cette constitution soit effectivement une source constante d'inspiration et de mobilisation pour tous les Québécois, il serait souhaitable, selon moi, d'y retrouver, en préambule, la déclaration suivante qui en résumerait l'esprit et rallierait, je pense, beaucoup de Québécois: «Depuis plus de 400 ans, à force d'espérance et de persévérance, le Québec s'est imposé au monde, non seulement comme une terre de paix et d'accueil, mais aussi de créativité et de productivité. Maintenant, ses premiers, ses anciens et ses nouveaux habitants doivent aujourd'hui et pour demain, ensemble, développer et faire fructifier cet héritage. Dans leurs coeurs et leurs vies, c'est la langue française qui les lie tous et toutes, et les liera toujours... ces gens du pays, de façon distincte sur ce continent. Et par-dessus tout, c'est la liberté qui nourrit leurs actions, la fidélité, leurs souvenirs, le partage, leur avenir. Ce triple trésor de valeurs communes auquel s'ajoute la richesse de leurs valeurs fondamentales, en particulier l'égalité de l'homme et de la femme, la laïcité ouverte et la neutralité de l'État, obligent ce peuple du Québec à défendre et à accroître constamment les pouvoirs qui protègent et favorisent sa singularité au Canada et en Amérique du Nord, c'est-à-dire sa souveraineté.»
Avec un tel esprit, au coeur de notre Constitution, nul doute qu'il y aurait là un nouveau tremplin pour propulser le Québec vers un avenir prometteur. Bonifier ensemble notre presque souveraineté nous reposerait des chicanes stériles et nous procurerait l'énergie nécessaire pour affronter les défis du 21e siècle. Si Pauline Marois avec son Plan pour la souveraineté a convaincu les membres de son parti de s'accommoder, pour un certain temps, du fédéralisme, Jean Charest ne devrait-il pas faire de même, s'ouvrir à la souveraineté et convaincre son électorat qu'elle est la seule clé politique efficace pour faire avancer le Québec? On peut rêver, mais si le premier ministre est capable, comme il l'a fait au début de juillet en Europe, et avec brio, de se comporter comme le chef d'un État quasi souverain, pourquoi ne pourrait-il pas s'unir à Pauline Marois pour revendiquer 10 % de pouvoirs souverains additionnels pour le Québec et ce, à l'intérieur du Canada?
Si notre premier ministre agissait ainsi, nous aurions enfin le rapport de force nécessaire pour soutenir un vrai dialogue avec Ottawa, et plus encore, si nous présentions en même temps, comme peuple, une carte d'identité claire et universellement respectée. À cette fin, oui, oui, on peut rêver! Jean Charest pourrait inviter tous les chefs de partis à présenter avec lui aux Québécois, disons avant l'hiver, un plan d'action concerté afin que le Québec se dote de sa propre constitution. Et pourquoi pas, au même moment, mettre en débat auprès des Québécois la déclaration ci-haut présentée, celle d'un simple citoyen?
Denis Forcier
Shefford









