Encore et toujours, c'est la même campagne de peur sur les dangers des remèdes de soi-disant charlatans, autrefois condamnés pour sorcellerie. Pourtant, il y a 400 ans, c'est le chaman huron Domagaya qui a sauvé l'équipage de Jacques Cartier grâce à l'«Anneda» arbre de vie, plus précisément les jeunes pousses du Thuya occidentalis, puissant antiscorbutique et antiviral.
Digitale pour le coeur, spirée de l'aspirine, pervenche et if contre le cancer, gingembre contre les nausées, combien de médicaments ont été copiés et synthétisés pour plus de profit, en copiant les molécules des plantes qui soignent? Ou encore ce cher millepertuis, notre Herbe de St-Jean qui, justement, est en voie d'être interdit par les pharmaciens à cause de sa propension à contrecarrer même les effets des contraceptifs chimiques, tellement il est puissant et plein de vie, sans oublier le gros marché des anti-dépresseurs qu'il menace.
Je rappelle aussi que durant trois siècles au moins, ce sont les plantes qu'utilisaient les Soeurs hospitalières pour soigner les malades, quant elles-mêmes et les apothicaires de l'époque savaient encore préparer les comprimés, onguents, potions, sirops et autres potions, pas juste des remèdes de charlatans ou de bonne femme (du latin de bona fama, de bonne renommée...), car ils soignaient même la grippe espagnole et la tuberculose.
L'OMS, l,Organisation mondiale de la santé elle-même, encourage les pays à faire des recherches sur les remèdes traditionnels au sein de leurs systèmes de santé publics et privés.
En Afrique, en Asie et en Amérique latine, différents pays font appel à la médecine traditionnelle pour répondre à leurs besoins, et jusqu'à 80 % de la population y a toujours recours. Même dans bien des pays industrialisés, la médecine «complémentaire» ou «parallèle» est l'équivalent de la médecine traditionnelle.
En Europe, plus de 70 % de la population l'utilise, et comme la moitié de ses collègues, une amie médecin de Strasbourg conseille à 50 % des produits homéopathiques ou des plantes à ses patients.
Un très puissant lobbying, un danger pour la société, vraiment?, affirme Mme Reed dans le dernier Protégez-vous, d'ailleurs largement subventionné, comme par hasard, par l'Ordre des pharmaciens du Québec, tel que mentionné en couverture...
En réalité, le marché mondial des plantes médicinales est en expansion rapide, représente actuellement plus de 60 milliards $ US par an, mais couvre à peine 3 % du marché total des médicaments, première industrie au monde après l'armement.
Hélas, avec le Bill C51 élaboré par Santé Canada, quoi que vous en disiez, la recherche pour valider une plante et obtenir une licence coûte une fortune et représentera la mort dans l'oeuf pour les petites herboristeries québécoises, et surtout la fin de l'accès à nombre de plantes non reconnues par d'arbitraires références de soi-disant experts...
En trente ans de carrière comme conseillère en produits de santé naturels, j'ai vu bien plus de problèmes reliés aux effets secondaires des médicaments que ceux provoqués par les plantes ou des suppléments, et dont la plupart des conseillers et naturopathes cliniciens n'ignorent pas les interférences, qu'ils connaissent bien pour le savoir étudié de longues années. Malheureusement, ces disciplines pourtant utiles ne sont pas encore enseignées dans les universités, hélas, mais dans des cours spécialisés payés de leur poche, avec un minimum de cinq ans d'études et stages, avant de pratiquer sur le plancher. Donc ils connaissent très bien les plantes et les suppléments, du moins mieux que dans les pharmacies où, pourtant, les inventaires augmentent de semaine en semaine, sur demande des consommateurs. Comme quoi, là encore, l'argent n'a pas d'odeur...
Justement, en pleine page suivante du même journal, on annonce un de nos plus beaux consortiums de magasins de produits naturels: Avril dont le premier prototype fut lancé avec succès et perdure avec raison à Granby. Mordre la main qui vous nourrit, inconscience ou manque de classe? Avez-vous oublié les 20 ans de chroniques-santé très lues de Jean-Marc Brunet?
Malgré tout, je reconnais que la médecine moderne qui, bien sûr, sauve des vies, surtout en chirurgie, en cardiologie et en endocrinologie, est complémentaire avec les médecines dites traditionnelles qui, quoi qu'on en dise, ont soigné l'humanité durant des millénaires et certainement contribué à notre survie!
Anny Schneider
Shefford
herboriste fière de l'être
* guildedesherboristes.org
* stopbillc51
* who.medicinalplantsWHO
L'auteure est résidente de Shefford










