La vie, la mort et Stephen Harper

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Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

On sait tous que le premier ministre Stephen Harper porte une attention particulière à toutes les questions ayant rapport à la défense de la vie. Même que des indices ont signifié son intention de changer la loi canadienne sur l'avortement. Il n'a pas eu à se prononcer, la semaine dernière, sur le débat concernant ce médecin ontarien réputé pour ses interventions sur des femmes enceintes de foetus pouvant déjà survivre à l'accouchement. Mais sa position ne laisse aucun doute; c'est d'ailleurs une opinion qu'il peut défendre en toute légitimité. Mais le contexte politique ne permet pas au gouvernement, face à une opposition aux vues opposées, de légiférer à ce sujet en accord avec les valeurs du premier ministre.

Plus encore, M. Harper croit en la protection de la vie dès la conception jusqu'à ses derniers instants. Récemment, le gouvernement a dû faire la sourde oreille, et continuera à le faire, on s'en doute bien, face à cette recommandation du Collège des médecins du Québec proposant que l'euthanasie soit légale à certaines conditions. Encore là, on devine que le premier ministre, fidèle à ses positions antérieures, puisse valider une telle position, d'autant plus que le Collège québécois touche une législation fédérale. On ne voit pas comment l'Ouest du Canada puisse donner écho aux visions québécoises sur un tel sujet! Encore ici, la position de M. Harper est défendable et respectable, même si elle devient, forcément, essentiellement politique.

 

Va donc pour la vie, à son début et à sa fin. Mais entre les deux?

Là, M. Harper semble être d'un autre avis. On a même des indices qui laissent croire qu'il change radicalement de position concernant la vie de Canadiens soupçonnés de crimes menant à la peine de mort dans des pays étrangers. Subitement, sa conscience ne trouve plus les mêmes contours. La défense intégrale est remplacée par des critères variés et nombreux. En d'autres mots, le droit à la vie n'est plus absolu; il est devenu conditionnel et relatif!

On avait de cela un certain nombre d'exemples. Un autre plus probant s'est ajouté la semaine dernière.

Il y a évidemment le cas de Maher Arar, Omar Kadhr et d'autres arabes détenus à Guantanamo. Pour ceux-là, l'injustice s'est perpétuée depuis six ans. Contre toute législation et Charte des Droits de l'Homme, les États-Unis ont gardé dans cette prison hors frontières, ajoutant à la détention des mesures de torture vérifiées, des prisonniers qui n'ont jamais été condamnés et que les États-Unis ont commencé à libérer au compte-goutte. Jamais le Canada n'a osé critiquer cette contradiction démocratique de son voisin; le silence rend complice.

Quand un agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a lancé à Abousfian Abdelrazin, citoyen canadien gardé au Soudan pendant six ans et récemment libéré: «Le Soudan sera ton Guantanamo», il savait ce que cela voulait dire; et M. Harper aussi, dans son silence et son inaction.

C'est que notre premier ministre a décidé d'appliquer le code du «cas par cas» pour juger si un Canadien condamné à l'étranger «mérite» la clémence que pourrait demander le Canada et lui éviter l'emprisonnement et la peine de mort. À preuve: la semaine dernière, le ministère des Affaires étrangères a mis en ligne un guide à l'intention des Canadiens en prison à l'étranger (!). D'abord, ils ne doivent pas, a priori, compter sur l'aide canadienne, devant «utiliser tous les moyens à leur disposition» pour se sortir de leur situation!

Ensuite, ils doivent faire une demande écrite. Et le gouvernement posera des questions au détenu sur les raisons et les conditions de son internement. Après, un fonctionnaire (?) décidera du mérite du prisonnier...

Tout est devenu relatif, dépendant de ceci ou de cela. Plus de défense absolue de la vie. Quel que soit le «crime» de l'accusé, la Charte des droits et libertés est pourtant censée le protéger. Plus au Canada.

Ça, ce n'est pas relatif. C'est absolu.

Président et éditeur: Guy Granger

Directeur de l'information: François Beaudoin

Adjoint au directeur de l'information: Frédérick Duchesneau

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