Voilà ce que les étudiants demandent dans leur mémoire présenté cette semaine à la commission parlementaire sur la gouvernance de leurs institutions. En ce moment, les représentants externes détiennent la majorité des sièges aux conseils (CA). La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a apporté quelques modifications: de 66 % on passe à 60 %. Ce qui ne satisfait ni la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) ni l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE). Évidemment: pour contrôler un conseil, il faut la majorité. Que les étudiants et les professeurs composent 33 % ou 40 % du CA, ça ne change rien. Les étudiants veulent le contrôle.
En fait, leur nouvelle exigence apparaît comme la réaction à une position du Conseil du patronat (CPQ) qui avait proposé de libéraliser les droits de scolarité et d'imposer aux établissements une proportion de deux tiers de membres «indépendants». Tout pour faire bondir les étudiants!
À tête froide, regardons chacune des propositions.
D'abord, la libéralisation des droits de scolarité devra faire partie du programme d'un gouvernement un jour. Il est impossible de voir augmenter le coût de la vie, pour les universités comme pour tout le reste de la population, et que les étudiants soient les seuls protégés de la société. Si le syndicalisme doit défendre la justice, il devra étendre sa logique à la population étudiante. Mais de cela, on reparlera une autre fois.
Pour le moment, regardons la demande des étudiants concernant les CA.
Que les étudiants détiennent, avec les professeurs, la majorité au conseil n'a aucun sens. Tout simplement parce que les universités sont financées à un taux de 85 % à 90 % par les contribuables. C'est leur argent qui fait vivre leurs institutions. Ce sont donc leurs représentants qui doivent administrer cet énorme investissement, pas ceux qui en profitent.
Le même raisonnement s'applique dans les sociétés et les entreprises commerciales. Les membres des conseils représentent les actionnaires, qui sont les investisseurs. Les étudiants doivent apprécier leur chance d'avoir leur place aux conseils des universités: le taux de 40 % de représentation qui leur est octroyé est déjà très, très appréciable.
D'autre part, pour administrer des centaines de millions de dollars, il faut des experts de la finance, de l'immobilier, de l'investissement, des orientations stratégiques, bref, des spécialistes de la gestion que l'on trouve difficilement chez des étudiants; c'est normal! Nos universités ont beaucoup de chances de pouvoir profiter des compétences de gens de chez nous, eux-mêmes universitaires, qui offrent bénévolement leurs services comme apport à la société sans aucune rétribution pécuniaire. Diminuer leur apport serait sûrement appauvrir l'université de talents essentiels.
Les membres du conseil, rappelons-le, n'ont aucune autorité sur les contenus académiques, lesquels appartiennent aux directions, aux professeurs et aux étudiants. Voilà ce qu'ils connaissent et qu'ils ont la responsabilité de sans cesse améliorer. La qualité de l'université est d'abord et avant tout le reflet de ses programmes, de son corps professoral, des recherches spécialisées et des diplômes qui en découlent. Mais tout cela coûte cher, très cher.
Or, le financement des universités demeure un immense problème au Québec. Problème qu'il faudra bien régler un jour si on veut éviter que nos universités perdent le niveau de notoriété qu'elles se sont mérité. La solution appartient à la collaboration de tous les participants, étudiants, professeurs, administrateurs et contribuables. Ces derniers font tous leur effort. Celui des étudiants se situe-t-il au niveau des CA? C'est une évidence: non.
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