Le combat Khadr-Harper

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Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

Stephen Harper est personnellement entré dans un combat à finir avec Omar Khadr, à la grande honte du Canada devant l'opinion internationale. Car plutôt que d'affronter son opposant dans un cadre de légalité, selon les règles partout respectées dans le monde, le premier ministre canadien abandonne son otage dans un camp de concentration dénoncé même par le président américain.

Car Guantanamo est un camp de concentration semblable à ceux qui existaient en Allemagne durant la guerre 39-45. On y garde des gens sans jamais les accuser ni les juger: on les soupçonne, tout simplement. Sous ce prétexte, on peut entasser des prisonniers pendant des années, les soumettre à des tortures, leur imposer des conditions de vie inhumaines sans jamais leur donner la chance de s'expliquer. Tout cela a été prouvé. À un point tel que Barack Obama a décidé qu'il fallait mettre fin à ces traitements qui entachaient l'image de la démocratie américaine. Dans notre système comme dans le leur, on peut détenir emprisonné un suspect le temps qu'il faut pour préparer son procès. C'est tout.

 

Omar Khadr a souffert l'injustice du système américain sans que le gouvernement canadien s'en soucie. Guantanamo semblait n'appartenir à personne, ne relever d'aucune justice, ne respecter aucun code de droits. Du moins au temps de George W. Bush, jusqu'à temps qu'un président ouvre la porte aux pays y tenant leurs «citoyens». Notre pays refuse de traiter Omar Khadr comme son citoyen.

Khadar est né à Toronto en 1986. Vrai que son père a été un intime de ben Laden, qu'il est un fanatique et qu'il a transmis sa haine de l'Occident à son fils. Omar a reçu un entraînement pour apprendre à se battre. Un jour, alors qu'il avait 15 ans, on l'a envoyé lancer des grenades: il aurait tué un soldat américain. C'est peut-être vrai; lui affirme que s'il a atteint quelqu'un, c'était par peur de mourir. Il a été blessé, on l'a arrêté, enfermé à Guantanamo. Il y a sept ans de cela. Le Canada, son pays, refuse de réclamer justice: pas la libération, non; tout simplement la tenue d'un procès honnête.

Le gouvernement Harper prend tous les moyens imaginables: les Cours supérieure et d'appel refusant de lui donner raison, le voilà donc en Cour suprême. Tout pour empêcher son pays de respecter ses engagements. Car, selon même ce qui est écrit dans nos passeports, à la première page: le gouvernement canadien demande aux autres pays d'accorder au titulaire «l'aide et la protection dont il aurait besoin». Sauf que son pays le lui reconnaît pas ce droit; il abandonne son citoyen, oublié dans une prison jugée inconstitutionnelle par tous les organismes démocratiques.

Ça, c'est un entêtement de Stephen Harper que personne ne peut comprendre: pourquoi s'acharner sur un gamin (rappelons-nous que Khadr avait 15 ans et qu'il était un enfant soldat), refuser de reconnaître ses droits et salir l'image du Canada comme personne n'a réussi à le faire jusqu'à maintenant? Quel privilège s'accorde-t-il pour contredire la justice?

Une réponse probable; elle vient du directeur du Centre d'excellence de l'union européenne de l'Université de Montréal et de l'Université McGill, Denis Saint-Martin La Presse, 29 août). Selon cet expert, il y a là «un cas classique d'opposition entre les droits de la personne et les pouvoirs de l'État». Par ce pouvoir, le «citoyen» Khadr n'est considéré que comme un «sujet» de Sa Majesté la reine d'Angleterre qui accorde au premier ministre des pouvoirs très rares, comme la nomination du haut personnel de l'État (les ministres), le déclenchement des élections et l'application de «prérogatives royales» que la Constitution lui accorde encore...

Que les experts en discutent, d'accord. Mais pendant ce temps, Kahdr pourrit en prison, le gouvernement se tait et la Cour suprême, qui applique les lois plus que les droits, risque de donner raison à M. Harper, champion de l'acharnement inhumain.

 

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