Un jugement inadéquat

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Guy Durand
La Voix de l'Est

À lire le jugement de l'Honorable Jean-Guy Dubois dans le procès de Drummondville, on peut conclure que la demande d'exemption du parent demandeur est peu fondée. C'est oublier que le juge s'en est tenu aux témoignages de la mère et du jeune ainsi que d'un seul expert, en écartant tout ce qu'ont expliqué les experts de la partie demanderesse.

Or, on peut très bien prouver que le programme, par sa structure même, par sa façon de présenter les religions (de manière éclatée et sans cohérence, sur le même pied que les mythes et les contes pour enfants), par sa philosophie sous-jacente (relativisme ou pluralisme normatif), a un effet déstructurant sur le jeune. L'élève du primaire, en particulier, n'a pas la maturité suffisante pour intégrer fructueusement ce qu'on lui présente et demande de faire.

 

À un autre point de vue, on accepte des exemptions pour motif religieux au cours de musique, de gymnastique, d'art plastique à la simple demande des parents, sans faire d'inquisition. Pourquoi un régime différent ici? La demande d'exemption ne provient d'ailleurs pas que de catholiques. Des adeptes d'autres groupes peuvent la demander. Par exemple, des Juifs, pour qui il est interdit de prononcer le nom de Dieu, et encore moins celui des autres dieux. Pour eux, cela est aussi important que de porter le kirpan ou de faire une souccah sur le balcon.

Sur la position de l'épiscopat du Québec, quand on connaît la position du cardinal Ouellet, il est difficile de penser que les évêques sont unanimes. De plus, depuis les États généraux de l'Éducation en 1995-96, ils ont répété, dix fois plutôt qu'une, qu'il faillait respecter le choix des parents et qu'eux-mêmes tenaient à des options d'enseignement religieux d'ordre confessionnel. Ce n'est que de guerre lasse, en 2008, qu'il se sont ralliés à la décision du gouvernement, écrivant trois fois dans leur courte Déclaration publique du 17 mars que la décision gouvernementale était prise, sous-entendant que cela ne donnait plus rien de s'opposer.

Plus largement, l'interprétation de la position officielle de l'Église catholique par le théologien Gilles Routhier auquel se réfère le juge frise la malhonnêteté. À preuve, le document publié en mai 2009 par le cardinal Zénon Grocholewsi, président de la Congrégation pour l'éducation de la foi, qui rappelle longuement l'enseignement de Rome: responsabilité première des parents sur l'éducation de leurs enfants, avec droit à une aide complémentaire de l'école; préférence pour l'école catholique qui permet «d'éviter des tensions et des fractures dans le projet éducatif» parents/enfants; différence et complémentarité entre catéchèse et enseignement religieux scolaire; droit des parents dans l'école non confessionnelle à un enseignement religieux conforme à leurs convictions.

Si le pape Jean-Paul II reconnaissait l'importance de la connaissance des religions, rien ne permet de conclure - au contraire - que cela devait se faire à un tout jeune âge et encore moins dans la perspective du programme actuel. Ces dernières années, cela se faisait déjà à la fin du secondaire.

Enfin, sur le plan socio-politique, même si le Programme demande d'accorder la prédominance à la religion chrétienne qui a marqué l'histoire du Québec et constitue une part de son identité, son contenu et sa structuration rendent cet objectif irréalisable. S'il est une culture commune que le programme propose, c'est plutôt le multiculturalisme à la Trudeau.

Guy Durand est théologien spécialisé en éthique religieuse et résidant de Dunham

opinion@lavoixdelest.qc.ca

 

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