À preuve, après la débandade de la dernière élection, Mario Dumont a perdu foi dans son propre parti: il s'est retiré devant l'évidence qu'il ne pouvait pas nier. Après la quantité sans la qualité, voilà que le parti perdait même la quantité d'élus nécessaire à l'écoute du message.
Sans son chef, l'ADQ devait retrouver un souffle nouveau de deux façons: par le prestige d'un nouveau leader et par la pertinence d'un programme renouvelé. Depuis le début de la campagne à la direction du parti, personne, sauf les militants les plus engagés, n'ont pu conserver quelques espérances. Bien au contraire.
Trois candidats sont en lice. Plus un qui menace de se présenter dans quatre ans. Oui, menace! La première «performance» des trois adversaires nous a présenté un Éric Caire agressif tant dans ses mots que dans ses engagements, un Christian Lévesque intimidé mais capable de réplique et un Gilles Taillon presque silencieux face aux deux coqs qui semblaient déjà dans un combat à finir.
Le lendemain, Gilles Taillon déclarait, tout à son honneur, qu'il refusait ce type de campagne faite d'attaques personnelles qui visaient les autres candidats. «Il nous faut un débat d'idées», disait-il. Bravo; place aux idées.
Faux espoir. Deux jours plus tard, Gilles Taillon devenait plus agressif que ses adversaires. Conscient qu'Éric Caire était pour lui le plus «dangereux», il le traitait de «tricheur». Lequel réplique en sommant l'autre de se rétracter, sans pouvoir nier l'accusation. Et Christian Lévesque défend ses classes dans une école secondaire (qu'il qualifie d'études collégiales) en Ontario, pour montrer qu'il avait appris l'anglais...
Les programmes, on s'en soucie peu. Le candidat Lévesque, qui se dit ni séparatiste ni fédéraliste mais autonomiste, annonce que s'il devient premier ministre, il pourrait recourir à un référendum... Soyons sérieux! On se «chicane». Pire qu'au PQ; comme jamais au PLQ. Et on aspire au pouvoir.
Les fondateurs de l'ADQ, qui voulaient offrir une option de «droite» à la population québécoise, doivent aujourd'hui se sentir bien mal à l'aise devant le spectacle que leur offrent les prétendants au trône.
Leur position est en soi défendable, ne serait-ce que pour tenir un débat d'idées, à l'heure où les plus grands penseurs européens discutent des abus du capitalisme et où les conservateurs américains accusent leur président Obama de fascisme. Gilles Taillon aurait peut-être pu s'engager dans une telle réflexion. Mais voilà qu'il annonce que sa campagne sera menée par deux de ses collègues! Personne ne peut lui reprocher son cancer; même que tous devraient compatir avec lui. Mais de là à reconnaître comme normale une telle course au leadership d'un parti...
Tout va mal à l'ADQ. Le parti a perdu sa cote de crédibilité avec le départ de Mario Dumont. Et depuis, rien n'a pu le sortir d'une phase de vacuité gênante. La campagne qui se déroule n'ajoute rien qui permette d'espérer un réveil utile à la démocratie. Alors, qu'est-ce qu'on fait?
Nous, nous ne pouvons qu'espérer; c'est aux militants d'agir. En s'alliant à des penseurs qui puissent les aider à se bâtir un programme sérieux, documenté, complémentaire à ce qui existe actuellement. À faire la preuve, ainsi, de la valeur d'un discours original pour l'ensemble du Québec. À attirer des personnes au charisme de Mario et à la réflexion d'un Jean Allaire, co-fondateur du Parti. À faire émerger des personnes qui savent discuter des idées sans se déchirer comme des gamins sur la place publique.
Bref, à se donner une pertinence que ce parti est en train de détruire en ce moment.
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