Loubier appelle à une réflexion

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Valère Audy
La Voix de l'Est

L'économiste Yvan Loubier, ancien député bloquiste de Saint-Hyacinthe, vient de publier un texte aussi froid que réaliste sur l'état des finances publiques du Québec et la réflexion à amorcer le plus rapidement possible en prévision du redressement de la situation. Tous les services ont un prix, dit-il en substance, et, dans le cadre de la réflexion qui s'impose, tout doit être mis sur la table, des recettes fiscales aux dépenses en passant par les coûts et les services, y compris les tarifs d'Hydro-Québec.

Le statu quo n'est pas viable, affirme-il encore, en laissant clairement entendre que ceux qui le réclament font preuve d'un aveuglement qui ne peut que conduire à un mur. Dans le contexte actuel, réclamer plus de services et de meilleure qualité est nettement irréaliste. L'auteur sert enfin, à l'intention des critiques, la mise en garde qui suit: «Il faut cesser de crier à l'incompétence des élus qui nous gouvernent, peu importe le parti qu'ils représentent, comme sources des maux qui affligent les finances publiques.» C'est l'affaire de tous et tous devront contribuer à la solution.

 

Voilà un document qui ne fait pas certes pas le bonheur de ceux et celles qui pourfendent le gouvernement Charest sur la place publique, l'accusant de gaspillage, de faiblesse devant le fédéral, d'improvisation. Une réflexion qui émane d'un souverainiste, de quoi irriter les péquistes qui s'évertuent à dénoncer la gestion libérale et qui réclament un gel des tarifs. Un non à ceux qui ne veulent ni des hausses des tarifs d'électricité, ni d'économie ou d'investissement permettant la vente de l'électricité à nos voisins, ni des hausses de taxes sur l'essence, ni de hausses des primes de l'assurance-automobile.

M. Loubier n'aborde évidemment pas tous les sujets à propos desquels les esprits s'échauffent concernant la situation financière du Québec. Mais il est clair qu'il les englobe tous. C'est de l'esprit plutôt que des mots de son texte qu'il faut s'imprégner. D'où son affirmation à l'effet que «tout doit être mis sur la table». Ce qui n'exclut pas, comme il l'explique, qu'il faille apporter graduellement et avec discernement les correctifs requis. Ce qui n'empêche pas non plus de traiter avec égard ceux et celles que la vie n'a pas choyés ou que le ralentissement économique a plongés dans la dèche.

Bien sûr que l'État devra lui-même faire sa part en revoyant l'ensemble de ses activités.

Mais on ne doit pas perdre de vue que 60 % de ses dépenses représentent les salaires versés, ce principalement en santé et en éducation, et qu'on a actuellement de la difficulté à recruter du personnel compétent parce qu'on paie mieux au privé. Alors, n'en déplaise à ceux qui voudraient geler le salaire des employés de l'État, ce n'est pas là qu'on fera des économies. De même, il y a peu à attendre d'une hausse de taxes sur les produits du tabac puisque toute augmentation n'a pour effet que d'accentuer le commerce au noir. Et le même danger nous guette avec les produits de malbouffe.

Bref, il n'existe pas de solution miracle pour redresser les finances du Québec. Et ceux qui espèrent un gros magot d'Ottawa rêvent en couleur parce qu'on est là aussi en déficit et qu'un resserrement des dépenses y est également inévitable. Le déficit du Québec de même que ses impôts et taxes tiennent aux services et politiques qu'il s'est donné en réponse aux besoins et demandes de ses citoyens. Si les revenus ne suffisent plus, en raison de la crise économique, il faut alors ou couper ou surtaxer. Et réorganiser aussi. Parce que tous les services ont un prix et qu'il nous appartient à nous tous, à la mesure des moyens de chacun, d'en assumer le coût. Une solution incontournable puisqu'on ne peut, telle que le rappelle si justement Yvan Loubier en conclusion, profiter du beurre et de l'argent du beurre à la fois.

vaudy@lavoixdelest.qc.ca

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