Accommodement ? Une autre fois...

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Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

«Pour 72 % des Québécois, le rapport Bouchard-Taylor n'a rien clarifié du tout.» (Sondage Angus Reid, la semaine dernière). Les Québécois refusent, en majorité, la presque totalité des accommodements que l'on croyait raisonnables. Après tant de visibilité, tant de temps, tant d'argent...

Quelques petits rappels à titre d'exemples: un accommodement relié à la religion: non à 68 %; à la piscine: non à 90 %; au sexe d'un instructeur automobile: non à 81 %; à un lieu de culte à l'école ou au travail: non à 76 %; au port d'un insigne religieux dans un lieu public: non à 59 %. Et ainsi de suite. Tout pour signifier que les accommodements qu'avait recommandés la fameuse commission ne semblaient pas raisonnablement acceptables chez nous. Qu'est-ce qui se passe?

 

D'abord, il est évident que les excès ne font pas peur! Pensons au port d'un signe religieux, comme une croix, que des prêtres ou des religieuses portent discrètement sur leur costume laïc: refusé, même à l'hôpital! Reste plus qu'à empêcher Madonna de venir chanter à Montréal, elle qui porte souvent une petite croix et une chaîne sur sa poitrine...

Un lieu de culte - ouvert à tout le monde pour la réflexion ou la prière - dans une maison de retraités ou à l'hôpital, non. Au travail, non. (Dans ce cas, de quoi on se mêle?) On dirait que la différence gêne. Comme si un artiste osait aller à une émission de télé sans porter des jeans, uniforme obligatoire de la caste. Il faut que le peuple québécois soit bien incertain de son identité pour refuser à quiconque d'en afficher une autre qui ne lui convient pas.

Ce n'est pas un phénomène montréalais: le refus des autres cultures s'exprime, selon le sondage, dans les mêmes proportions dans les grandes villes et dans les régions. De même pour les niveaux d'âge. Ce qui nous pousse à conclure que les accommodements raisonnables (sauf pour les gynécologues féminins) ne font pas partie de notre culture que l'on aime appeler «de souche». On a besoin de l'immigration pour survivre, au Québec; mais à la condition de vivre, de s'habiller et de parler «tout le monde pareil»!

Comment se fait-il que la commission Bouchard-Taylor, mise sur pied pour identifier les habitudes ou les valeurs étrangères qui pourraient enrichir notre culture, soit si ignorée? Comment se fait-il que des traditions de notre propre culture soient aujourd'hui méprisées? Comment se fait-il que nous ayons tant de mal à accepter la différence quand elle ne se colle pas à une façon de penser ou de vivre «à la mode de chez nous»?

Il faut dire que le gouvernement, qui a mis sur pied cette commission étendue à tout le Québec, a tout simplement laissé tomber ses recommandations. Un grand spectacle de plusieurs mois... et une mise sur tablette toute discrète. Le silence de la ministre de l'Immigration est difficilement compréhensible: il fallait des réglementations claires et précises pour confirmer l'acceptation d'un certain nombre d'accommodements raisonnables.

Pour le moment, on ne connaît que les aberrations de Hérouxville qui a défendu la lapidation des femmes dans les limites de la ville... D'accord, on accepte! Mais il serait temps que le gouvernement réglemente, par exemple, le port des vêtements qui cachent totalement l'identité de la personne qu'on devine être une femme traitée en inférieure. Que l'on fasse la différence entre un voile sur la tête et un autre devant les yeux. Que l'on distingue le costume personnel (par exemple celui des juifs hassidiques ou l'ensemble jeans, tee-shirt et casquette) de celui que doivent porter des employés gouvernementaux (comme les membres de la Gendarmerie royale). Bref, que le gouvernement se décide à distinguer ce qui est manifestation culturelle, respect de l'égalité des personnes et protection de la société.

De toute évidence, le retard du gouvernement n'a eu qu'un effet: aggraver les signes de xénophobie chez plusieurs Québécois.

opinion@lavoixdelest.qc.ca

 

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