Trop facile de chialer

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Valère Audy
La Voix de l'Est

Les Québécois, après avoir hésité parce qu'ils doutaient et que trop de gens disaient n'importe quoi à propos de la grippe A(H1N1), sortent massivement pour recevoir ou faire donner à leurs enfants le vaccin susceptible de les protéger. En si grand nombre et de façon si désordonnée qu'on a vu de longues files d'attente au cours des derniers jours et des cliniques fermer au nez de gens faute du précieux vaccin. Les mécontents se laissent aller à toutes les critiques et les responsables, de leur côté, tentent d'ajuster les services pour corriger ce qu'ils ont observé d'inacceptable.

Malheureusement, tout le monde ne tire pas dans la même direction et certains ont la critique un peu trop facile. Comme Mme Marois, qui abuse du terme cafouillage et qui accuse le premier ministre de ne pas assumer ses responsabilités. Comme les libéraux fédéraux qui tirent à boulets rouges sur les conservateurs. Comme ceux qui ne lisent pas et n'écoutent pas, qui chialent parce qu'ils attendent et qu'il fait froid. Comme les médias qui n'exploitent surtout que ce qui frappent le plus. Comme ceux et celles qui affirment qu'on aurait dû vacciner dans les écoles, les usines, les CLSC, les hôpitaux et les cliniques médicales.

 

Facile de chialer lorsqu'on ne pense qu'à soi, qu'on ne veut pas respecter les consignes établies pour que tout aille le mieux possible. Rappelons ici que de nombreuses gens ne se méfiaient d'abord pas du virus et résistaient aux appels. Les gouvernements ne pouvaient ainsi prévoir avec exactitude les besoins en vaccins, locaux et personnels. Aussi, ont-ils fait du mieux qu'ils pouvaient. Mais alertés par la multiplication des cas, les gens ont décidé de se précipiter sur les cliniques avec ce qu'on a vu, dont des files d'attente, des arrivées aux petites heures du matin pour un vaccin disponible en après-midi, des gens qui ne sont pas à risque ou qui viennent d'autres régions que la leur, etc. Et cela alors que l'ordre des groupes est bien défini et publicisé.

Quoi que certains en disent, ce n'est pas vraiment du cafouillage. Car on ne s'en va pas à l'aveuglette et ce n'est pas, loin de là, un insuccès. L'objectif est connu et les moyens sont en application. Puisque l'opération menée tient du jamais vu, le modèle est à créer et à développer avec, au fil des observations, les ajustements nécessaires. Et comme il y a urgence, c'est normal qu'on commence par les groupes les plus à risque. Sauf qu'il faut suivre l'ordre établi, ce que plusieurs ne semblent pas avoir compris. Le premier ministre s'en mêlerait-il davantage que ça ne changerait rien. Le ministre et ses responsables sont aux aguets et, dans les circonstances, remplissent assez bien leurs devoirs.

Des médecins et des commentateurs croient que le vaccin devrait être disponible dans les écoles, les usines, les CLSC, les hôpitaux et les cliniques médicales. D'autant plus que, disent-ils, on fera désormais deux fois la file avec les coupons rendez-vous. Ça parait simple, mais c'est aussi simpliste. Parce qu'il faudrait, en respectant l'ordre des groupes, retourner plusieurs fois dans chacun des établissements. Du côté des services médicaux, les malades souffriraient des délais dus à la visite des gens qui ne le sont pas, mais plutôt en quête d'un traitement préventif. Les centres de vaccination restent une bonne solution.

Évidemment que cette campagne sort de l'ordinaire, comme ce virus de la grippe A(H1N1), ce qui oblige les gouvernements à adopter une stratégie particulière. Un mode de fonctionnement qu'il doit ajuster au fil des jours et, aussi, de la réaction d'une population qui se bouscule aux portes après avoir manifesté sa réticence. Dans ce contexte, difficile d'adresser quelque reproche que ce soit aux autorités. Si on veut accuser ces dernières de cafouillage, reprochons aussi aux citoyens leur indiscipline. En fin de compte, ce sont les débordements de ce qui, comme objectif de vaccination, est en voie de tourner au succès.

vaudy@lavoixdelest.qc.ca

LA VOIX DE L'EST - JEUDI 5 NOVEMBRE 2009

 

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