La différence entre le cinq et le huit

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Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

Le gouvernement semble bien préoccupé par le problème de l'alcool au volant. C'est normal et c'est bon. Mais pour guérir d'un mal, il faut lui appliquer les bons remèdes. Or, il ne semble pas du tout regarder dans les bonnes directions. Avant qu'il soit trop tard, il faudrait y réfléchir.

D'abord, ce pouvoir qui serait laissé à la discrétion de tout policier qui pourrait vous intercepter, sur la route ou dans la rue, sans raison aucune, juste au cas où vous auriez consommé une quantité excessive d'alcool. Vous n'avez commis aucune effraction, vous ne laissez aucun indice, mais le policier vous a choisi pour vous arrêter, vous demander vos papiers et vous considérer comme un coupable potentiel...

 

Comme dans les pays totalitaires. Comme dans la vieille Union soviétique. Comme partout où la police décide de la loi, comment, quand et envers qui l'appliquer. Plusieurs vous parleront de ces pays où ils sont allés en vacances (il ne faut pas les nommer!), où des agents les ont arrêtés, leur demandant leurs papiers (pour la forme) et leur signifiant qu'ils pourront être conduits au poste de police... à moins qu'une petite compensation soit versée au bon monsieur qui ne veut pas embêter le visiteur suspect que vous êtes devenu!

Nous sommes loin, chez nous, de la règle de l'État policier. Mais pourquoi en choisir quelques applications qui lui ressemblent? Le pouvoir qu'aurait le policier d'arrêter qui que ce soit à l'oeil, au hasard, conduit à la pensée que toute la population est nécessairement coupable de quelque faute et qu'il appartient au policier de la découvrir. Tous coupables!

Inacceptable.

L'autre démarche gouvernementale consisterait à faire passer la loi du 0,08 au 0,05, la limite extrême de consommation d'alcool pour la conduite automobile. Réglementation beaucoup plus raisonnable, il faut le dire: plusieurs pays d'Europe l'ont adoptée depuis un moment et plusieurs provinces canadiennes ont adhéré au programme. Regardons-y de plus près.

Le changement de la loi a pour but d'imposer des sanctions, de limiter les excès de consommation et, conséquemment, le nombre d'accidents de la route, avec ce qu'ils entraînent de mortalités, de blessures et de coûts à la société.

Louable. Mais avant de poursuivre, il faudrait que l'État fasse l'étude qui pourrait être plus convaincante: quelle est la proportion d'accidents qui se trouve chez les conducteurs qui seraient à 0,06, 0,07, 0,08? En d'autres mots, est-ce que ce sont les conducteurs qui se situent entre les deux chiffres en question ou ceux qui conduisent à 0,10, 0,15 ou à 0,20? Lesquels sont dangereux sur la route? De qui faut-il se protéger? Enfin et surtout, ce moyen est-il le meilleur que les policiers et l'État peuvent prendre pour enrayer les dangers de l'abus d'alcool au volant? Ou est-ce simplement pour montrer que l'État fait quelque chose pour s'attaquer au mal?

La ministre des Transports, Julie Boulet, a dit qu'elle voulait se mettre à l'écoute de tous les intervenants sur la question, d'autant qu'un projet semblable a déjà été critiqué par diverses associations de citoyens, même par le PQ et l'ADQ.

Les avis des gens spécialisés sont absolument nécessaires, dans ce domaine comme dans d'autres concernant l'automobile. Par exemple, le gouvernement a interdit avec raison l'usage des mains pour le téléphone en conduisant. Mais quand on veut interdire le téléphone même «mains libres» à cause des dangers de la conversation, a-t-on pensé que les échanges entre les personnes dans l'auto peuvent être aussi «dérangeants»? Et la radio, musique, chansons, amusements ou affaires publiques, tout cela peut l'être tout autant.

Difficile d'ajuster la loi aux besoins. Alors que le véritable remède est la sensibilisation qui doit se faire à la maison, à l'école, à la télé... Plus compliqué, mais plus efficace. Et plus humain.

 

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