Le rôle des conseillers municipaux

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La Voix de l'Est

En réponse à une lettre ouverte publiée le 11 novembre

L'auteur de cet article, Émile Roberge, allègue que tout candidat au poste de conseiller municipal prend «des engagements concernant son district» dans lequel il postule l'investiture, mais qu'une fois élu, il «se borne à penser à l'ensemble de la ville». Que veut-il dire par cela et où veut-il en venir au juste?

L'auteur ignore-t-il que si les besoins particuliers éprouvés dans chacun des districts doivent nécessairement s'harmoniser avec ceux de l'ensemble de la Ville, c'est-à-dire des autres districts, des compromis s'imposent forcément afin d'éviter que certains d'entre eux ne soient privilégiés au détriment des autres. Là réside toute la dynamique du débat démocratique au sein du conseil municipal.

 

Or, dans les faits, il est notoire que, contrairement au souhait légitime de M. Roberge, le maire n'a jamais accepté d'être «le porte-parole du conseil»; c'est plutôt l'inverse qui est imposé de gré ou de force par le premier magistrat. Ignorer ce fait ne peut mener qu'à une analyse tendancieuse, voire incohérente.

J'en veux pour preuve les félicitations de l'auteur à l'endroit du maire quant à son efficacité et son dynamisme. Oublie-t-il que cette apparente efficacité provient précisément de l'absence de débats, lesquels exigent forcément beaucoup de temps, ce qui, par conséquent, ralentit le rythme des décisions prises, d'où la perte d'efficacité.

Quant à invoquer la «dynamique des groupes» dans le dessein d'établir un quelconque lien entre «l'implication» et la «motivation», mieux vaudrait user de beaucoup de prudence. Je reconnais là des propos empruntés à toutes sortes d'idéologies retorses ayant eu cours dans le monde de l'éducation au fil des ans tout comme les marottes du décrochage scolaire et de la réussite à tout crin, lesquelles relèvent davantage de vues de l'esprit désincarnées que d'objectifs réalistes, fondés sur la réalité des choses.

En évitant de confronter le maire dont les énormes travers desservent l'ensemble de la population à long terme, l'auteur pratique un angélisme de mauvais aloi. Je comprends sa délicatesse, sans doute louable dans un autre contexte, mais il ne devrait pas perdre de vue qu'on ne peut satisfaire tout le monde et son père à la fois comme l'a si bien exprimé le fabuliste - «Le meunier, son fils et l'âne».

Quant au regret voulant «que [seulement] deux femmes [siègent] au nouveau conseil», pourquoi focaliser sur le seul aspect numérique de leur représentation. Pourquoi ne pas mettre l'accent sur leur très grande qualité, laquelle pallie largement leur apparente minorité numérique. D'ailleurs, il est admis que plus la valeur reconnue d'un candidat est élevée, moins il risque d'y avoir de la compétition à son endroit.

Somme toute, en diluant trop le sens du message à transmettre - sens que j'ai très bien saisi sous toutes ses coutures -, en évitant de heurter tout un chacun en espérant les rallier à sa propre compréhension des choses, on rate l'objectif visé et l'on réduit d'autant sa crédibilité.

Sans rancune, Émile!

Lionel Leblanc

Granby

 

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