Le gouvernement Charest, qui laisse la porte ouverte, mais sans plier, devient isolé. Et la FTQ-Construction, elle, est toujours opposée. Elle n'y voit qu'un gros spectacle qui ne réglerait rien et, plus encore, une démarche anti-démocratique où l'on tomberait dans l'inquisition. Faut dire que le dg de la FTQ-Construction n'est pas facile à suivre. Il suffisait de le voir en commission parlementaire pour se demander ce qu'il voulait dire et où il voulait en venir. Avant de chialer contre le travail au noir, il devrait peut-être se demander pourquoi il y en a tant.
L'enquête publique s'impose. Car on ne connaîtra autrement jamais l'étendue et les dessous réels du problème de collusion et corruption. Les enquêteurs ne peuvent s'amener devant les tribunaux qu'avec des faits précis et, surtout, de solides preuves. Le reste, c'est-à-dire les tractations, les enveloppes brunes et les contributions politiques, ce n'est pas facile à établir. Ceux qui s'y adonnent s'efforcent de ne pas laisser de traces ou d'agir dans les limites de la légalité, ce qui n'est pas forcément moral.
L'enquête devrait ratisser plus large pour englober aussi les coûts de la construction et les causes du travail au noir. Est-ce vrai qu'au Québec les grands chantiers coûtent de 25 % à 35 % plus cher qu'ailleurs? Comment se fait-il qu'il y ait tant d'excédents? Que des travaux qui traînent finissent par coûter 50 % de plus que les prévisions? Qui fait mal son travail? Qui abuse? Avons-nous les moyens, surtaxés comme nous le sommes, de ce gaspillage, de cadeaux d'autant de dizaines et centaines de millions aux professionnels et entrepreneurs?
Quant au travail au noir, que critique le dg de la FTQ-Construction, disons que cela rappelle ce qui se fait avec le tabac. Quand on augmente trop les prix, le commerce au noir prend le dessus. Des gens, riches comme pauvres, font alors faire à 25 $ - 30 $ l'heure ce pourquoi ils paieraient autrement 60 $ à 70 $ l'heure. Et cela par le même travailleur. Qui est alors le voleur? Le citoyen, le travailleur ou l'industrie de la construction?
Ces faits étant relevés, ajoutons que «la boule de neige» décrite en préambule est un peu sale. Parce qu'il y a des gens qui auraient dû se la fermer et que d'autres poursuivent des objectifs partisans. Quand le président du Syndicat des policiers de la SQ intervient, il s'immisce dans le processus politique. C'est le même homme qui voudrait que la SQ avale les corps policiers municipaux des villes de moins de 100 000 âmes. Les procureurs de la Couronne font eux aussi de la politique avec leurs prétentions qui ne sont pas fausses, mais pour lesquelles, comme serviteurs de l'État, ils devraient faire preuve de réserve. Quant aux politiciens, on sait que la vérité les intéresse, mais qu'ils veulent aussi marquer des points contre le parti au pouvoir et qu'une enquête pourrait les avantager à cause de ses inévitables éclaboussures.
Une enquête, redisons-le, devient incontournable. Mais entretemps, pourquoi ne s'appliquerait-on pas, à partir des projets de loi soumis, à colmater les brèches les plus évidentes en matière de collusion, corruption et contributions politiques? Surtout que s'il faut attendre après l'enquête, cela retardera tout de longs mois encore et qu'on pourra toujours y revenir pour compléter le travail à la lumière des conclusions de l'enquête.
vaudy@lavoixdelest.qc.ca










