Au début de la semaine, Le Devoir publiait les résultats d'un sondage commandé à Léger Marketing. Les résultats sont aberrants !
Le député le plus populaire du Québec ? Pierre Curzi. Devant Jean Charest et Pauline Marois. Suivent de près : Marguerite Blais, Bernard Drainville, Christine Saint-Pierre, Maka Kotto, Gérard Deltell. Comme par hasard, tous des anciennes « vedettes « de la télévision.. ! Entre eux se glissent Amir Khadir, Louise Beaudoin, Claude Béchard et Françoise David, qui ont occupé le petit écran pour diverses raisons à certains moments. Donc, pour être « populaires «, faites de la télé, plus que de la politique !
Plus inquiétant, cependant : 44 % de la population ignore qui est Nathalie Normandeau, vice-première ministre ; 39 % pour Yves Bolduc ; le ministre de la Santé qui a pourtant dirigé nos pas contre le H1N1 ; 70 % pour Kathleen Weill, ministre de la Justice ; même chose (39 %) pour Raymond Bachand, ministre des Finances ; 42 %, pour Michelle Courchesne, ministre de l'Éducation ; 47 %, pour Julie Boulet, ministre des Transports, et ainsi de suite.
Nos élus qui se croient tellement importants, qui s'imaginent que toute la population les reconnaît et doit leur être reconnaissante en ont pour leurs prétentions : quatre ou cinq Québécois sur dix ne savent même pas qui ils sont et ce qu'ils font.
Mis à part l'ego de chacun, ce qui nous indiffère complètement, un autre problème se fait jour : les Québécois remettent leur sort à des inconnus. Ceux qu'ils aiment, ou du moins connaissent, ce sont ceux ou celles qui les ont amusés ou intéressés au petit écran. Il ne faudrait surtout pas demander à ces gens ce qu'a fait, pour eux, par exemple, Pierre Curzi ; ce qui les impressionne, c'est qu'il a joué certains rôles attachants à la télé...
« Faut-il pleurer, faut-il en rire ? «, chantait Jean Ferrat. On peut au moins tirer deux conclusions de ce sondage pour le moins surprenant.
Première : l'influence des médias dans notre vie. Celui ou celle que l'on voit ou que l'on entend acquiert une importance spontanée du seul fait de sa présence dans cet univers. D'où le succès des magazines qui font des stars des concurrents d'émissions genre Occupation double ou autre émission aussi insignifiante qui attire près de 2 millions de spectateurs séduits par leur image. Une première raison de se désoler.
La seconde conclusion : pauvre démocratie ! Quand on pense qu'une bonne partie des Québécois remettent leur sort dans les mains de représentants qu'ils ne connaissent pas ou qu'ils n'apprécient que par l'image véhiculée par leur vie passée. Éducation, garderie, finances, santé, leur sécurité : peu importe qui s'en occupe, on veut des services, c'est tout. On aime les belles faces, pas les compétences.
Cette indifférence et évidemment dangereuse. Si le vote démocratique ne s'appuie que sur des images, ignorant les contenus portés par les personnes responsables, on se rend compte de la faiblesse de notre système. Pourtant, à la moindre dénonciation, on réclame ou « la démission du ministre « ou « une enquête publique «.
Les valeurs qui sous-tendent cette image n'a rien d'encourageant. Il faudrait peut-être en tenir compte quand on essaie de définir « l'identité québécoise «. Nos choix semblent se diriger vers les éléments de séduction les plus fragiles. Nos valeurs résideraient davantage dans les contenants que dans les contenus ; vers ce qui paraît préférablement à ce qui est.
Espérons que ce n'est pas vrai. Que le sondage se trompe quelque part.










