La télé à la carte

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Valère Audy
La Voix de l'Est

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) aura-t-il enfin le courage de secouer vraiment les meubles, de faire le ménage qui s'impose dans le monde des câblodistributeurs et télédiffuseurs traditionnels du pays? Dont celui de mettre fin aux forfaits qui n'avantagent que les distributeurs et d'obliger ces derniers à verser des redevances aux télévisions généralistes plutôt qu'aux seuls opérateurs de canaux spécialisés et privés? À quand, enfin, la télé à la carte?

Le débat engagé devant le CRTC, lequel ne met pas souvent ses culottes dans le sens souhaitable, prend cette année une nouvelle tournure. D'une part, les télévisions généralistes voient leurs revenus fondre, ce qui menace la qualité et la diversité de leurs émissions, d'où leur demande de redevances aux câblos qui distribuent leurs signaux sans rien leur donner en retour. Les câblos, de leur côté, menacent de retourner la facture aux clients qui, eux, n'en veulent pas, jugeant qu'ils paient déjà bien assez cher et ce, pour des services qu'ils n'ont pas vraiment choisis, qui leur sont plutôt imposés.

 

Au fond du problème, ce qu'on retrouve, c'est un manque à gagner de la part des télévisions généralistes, lesquelles doivent respecter des normes précises, alors que les chaînes spécialisées, qui ne sont pas soumises à de telles normes, voient leurs revenus monter en flèche et touchent des redevances des distributeurs de signaux. Les clients en ont ras le bol de ce système qui les sert plutôt mal et des chicanes en découlant. Aussi, se font-ils de plus en plus critiques, incisifs. Alors, ou le CRTC, qui a déjà envoyé promener les câblos et Radio-Canada, se grouille ou on en réclamera bientôt la tête.

Vrai que Radio-Canada, notre télé d'État, bénéficie d'importantes subventions. Mais produire des émissions comme Grands Reportages, Découverte, 24 heures en 60 minutes, La Semaine Verte, etc. coûte de gros sous. Ce n'est toutefois pas le genre d'émissions qui assure de grosses cotes d'écoute, qui fait accourir les annonceurs. Mais au plan éducatif et culturel, voilà qui se situe bien au devant d'émissions populaires, dont, par exemple, Occupation double. Et cela fait partie de la mission de Radio-Canada.

D'autres chaînes généralistes, dont TVA, doivent se plier à des normes précises, en matière d'information et de contenu canadien par exemple. Ces chaînes pourraient certes elles aussi rehausser et diversifier la qualité de leurs émissions avec des revenus additionnels, dont ceux provenant de la câblodistribution. Encore que, dans le cas de TVA et Vidéotron, bien qu'elles soient distinctes, ces entreprises ne sont pas étrangères.

Bref, on doit assurer aux télévisions généralistes des sources de revenus suffisantes pour leur permettre d'offrir des services de qualité. S'il le faut, qu'on donne alors moins en redevances aux chaînes spécialisées, lesquelles vivent pour une bonne part de ce retour et, tout en présentant un contenu d'un certain intérêt, ne sont pas essentielles. Pourquoi les enrichirait-on au détriment de l'intérêt public?

Enfin, qui n'en a pas marre des forfaits de nos câblos et autres distributeurs de signaux? Des forfaits qui sont concoctés de façon à soutirer le plus d'argent possible des clients en répartissant en deux ou trois blocs et plus les émissions ou canaux les plus en demande, des forfaits ensuite complétés avec des émissions ou canaux dont on n'a pas besoin, mais qui nous sont imposés et pour lesquels il faut payer. Ça, c'est de la pure exploitation à un moment où, la technologie n'ayant plus de limite, on pourrait nous en faire grâce.

Le moment est venu de passer à la télé à la carte. Peut-être que certains canaux coûteront un peu plus cher, mais les clients ne payeront alors que pour ceux qu'ils veulent au lieu de financer, en partie du moins, ceux dont ils n'ont nullement besoin. Voilà d'ailleurs ce qu'ils sont de plus en plus nombreux à réclamer. Le CRTC va-t-il enfin les écouter après les avoir aussi longtemps ignorés?

 

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