Je n'ai pas ouï-dire que l'allemand, l'anglais, l'italien et les autres sont à promouvoir des coupures de lettres ou d'ajouts d'accent pour ne plus corriger les fautes d'impression, de dictées.
Combien de générations avant nous depuis le XVIIIe ainsi que nous, «générations du XXe» ont avec respect et application appris la langue écrite correctement? Il faut dire que plusieurs outils étaient à notre service: une mère attentive aux devoirs et leçons, un(e) professeur(e) corrigeant dictées et travaux scolaires et donnant de petites phrases pour aider à retenir une règle de participe passé ou de liaison, comme par exemple «Je leur z'ai dit et leur z'ai répété que 'leur' devant un verbe ne prend jamais de 's'«.
Mais encore faut-il savoir ce qu'est un verbe et que le «s» devient «z» en liaison. Que de fois, une faute soulignée dans le cahier devait être corrigée le soir même et si on n'avait pas trouvé l'erreur, on se voyait recevoir un «pensum» (prononcez «pin-som»), un vieux mot latin voulant dire «pensez-y». L'exercice consiste à recopier cinq/dix ou même vingt fois le mot en question. Ce qui, nécessairement, fait réfléchir et voir.
Car on apprend une langue avec deux instruments bien importants. D'abord l'oreille, qui va remettre en bouche le mot et la phrase. Ce sont nos premières années d'apprentissage. Puis vient l'école qui ajoute l'écriture et la lecture. C'est le règne de l'oeil qui s'en remet à l'intelligence pour le décodage de l'idée et à la main pour la reproduction de la calligraphie.
Chaque langue est composée d'un code d'écriture. Le français a choisi le latin, d'autres ont opté pour le cyrillique, d'autres pour le cunéiforme, etc. Notre alphabet a 26 lettres à maîtriser pour l'écrit, mais a 36 sons pour la reproduction vocale.
Pour aimer une langue, il faut qu'on nous l'enseigne telle une langue «vivante» à travers des textes qui touchent le coeur tendre et qui souffre (Le lac de Lamartine ou Le vaisseau d'or de Nelligan) ou l'imagination (Histoire d'une mouche de Félix Leclerc ou Le temps de Gilles Vigneault). Il y a la vie sociale (La mort de Gavroche dans Les Misérables de Victor Hugo ou Le loup et l'agneau de Jean de LaFontaine), notre vie sentimentale (Il pleure dans mon coeur de Verlaine ou Je suis une fille maigre d'Anne Hébert) et notre fierté d'appartenance (de nombreuses chansons de Leclerc et cie.)
Nous vivons en français avec nos couleurs locales et quelquefois des mots que nous nous avons créés. Plusieurs luttent encore contre les anglicismes, et les journaux, poèmes et romans sont encore et pour longtemps imprimés correctement.
Soyons en fiers et n'ayons pas peur de nous autocorriger, car si nous admettons la défiguration de notre écriture, nous entérinons également le charabia, le n'importe quoi, alors que nous ne sommes pas n'importe qui.
L'auteure, artiste multidisciplinaire, est résidante de Granby









