Un sommet coupé de l'essentiel

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YVAN LOUBIER
La Voix de l'Est

Le premier ministre du Québec a modifié ses plans. Alors qu'il devait présider aujourd'hui et demain un sommet sur l'état des finances publiques et de l'économie, ce sommet sera confiné à la seule économie. Parler de l'état actuel de l'économie du Québec et de l'avenir prévisible sans considérer la piètre situation des finances publiques et les moyens financiers que nous n'avons plus, amenuise la portée d'un tel exercice et prive le gouvernement d'un appui possible et éclairé de la population. Des orientations seront prises dans le cadre des prochains budgets et des gestes seront posés pour corriger les déficits des prochaines années et la dette. Et on n'aura pas pris soin d'expliquer à la population du Québec les raisons qui justifient ces gestes, encore moins de l'y associer.

On aurait souhaité que ce sommet aborde de front, avec réalisme et audace, les vrais enjeux financiers et fiscaux auxquels le Québec est confronté et les décisions difficiles qui devront être prises.

 

Le réalisme aurait commandé que nous reconnaissions que nous vivons au-dessus de nos moyens. Nous nous payons le luxe de figurer parmi les contribuables les plus taxés et les plus imposés parmi les pays industrialisés. Nous revendiquons, depuis toujours, de plus en plus de services publics universels, plus que tous nos voisins, et qui deviennent avec le temps autant de vaches sacrées.

Malgré le fait que nous supportions le plus lourd fardeau fiscal, nous avons réussi à propulser la dette publique vers des proportions intenables. Elle atteindra les 160 milliards de dollars à la fin du présent exercice financier, la moitié du PIB québécois. Elle est parmi les plus élevées en Amérique et de tous les pays de l'OCDE. Elle grève environ 9 milliards de dollars annuellement en frais d'intérêts, 15 milliards dans cinq ans.

Le réalisme aurait également exigé que l'on reconnaisse que nous avons pratiquement épuisé toute notre marge de manoeuvre comme société. Les pressions démographiques et le vieillissement de la population ajouteront à cette perte de contrôle sur notre «destinée» fiscale et budgétaire.

Le statu quo dans notre façon de voir le rôle de l'État québécois, d'en faire le répondant absolu de tous nos désirs et de croire qu'il dispose de ressources inépuisables, puisées dans nos propres poches, nous a conduits directement vers un cul-de-sac. Qu'on soit de la droite, du centre ou de la gauche, ne change rien à ce constat.

Il faudra user d'audace pour redresser la situation et relever avec succès les défis des prochaines années.

L'audace de tout mettre sur la table, de remettre en cause les fonctions actuelles de l'État, en évaluer la pertinence, la portée et revoir les programmes.

L'audace de revoir la tarification pour les services publics.

L'audace de fixer des cibles incontournables pour l'atteinte du déficit zéro et la réduction graduelle et équilibrée de la dette publique.

Et enfin, l'audace de mettre en place toutes les conditions réglementaires, fiscales et autres, les meilleures au monde, afin de développer davantage notre économie de façon durable, profiter au maximum de nos avantages comparatifs et créer de la richesse, de la vraie... avant de songer à la répartir!

On peut aujourd'hui et demain mettre de côté cette réflexion fondamentale mais rapidement la réalité nous rattrapera.

L'auteur, économiste, est conseiller principal au Cabinet de relations publiques NATIONAL

 

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