L'auteur, résidant de Frelighsburg, est employé de l'État depuis 32 ans
Lorsqu'à l'Assemblée nationale les élus du peuple commencent à dire n'importe quoi, le président de l'Assemblée est là pour rappeler les représentants à l'essence du débat. Le dérapage actuel dans le discours général contre les fonctionnaires nécessite de remettre les pendules à l'heure. Des informations ont récemment été diffusées à l'effet que des hauts fonctionnaires du Conseil du trésor explorent les possibilités de récupérer les bénéfices réservés pour les retraites prévues à court terme pour des milliers de fonctionnaires pour leurs 35 années de services: annulation des banques de journées de maladies, prolongement des années requises pour prendre la retraite, modifications à la baisse de la rente qui était prévue, etc.
Il est utile de se remémorer ici que depuis la crise des années 80, les fonctionnaires compensent entre autres, et pour jusqu'à la fin de leurs jours, une partie des pertes collectives par la désindexation partielle au coût de la vie de leur retraite. De plus, les pertes de 40 milliards$ en 2008 de la Caisse de dépôt et de placement renferment les cotisations de retraite payées uniquement par les fonctionnaires à même leurs salaires pendant des décennies. Pas un sou de l'employeur!
Les conséquences des interventions maintenant envisagées sont très graves en ce sens qu'elles entraînent la mise à terme d'un contrat social au Québec qui était déjà passablement fragile. L'effondrement de la valeur de la parole de l'État, appuyée par les leaders d'opinion, qui dit pendant des années à ses employés d'accepter des conditions de travail difficiles en échange des avantages garantis liés à la retraite, cela n'annonce rien de bon pour l'agenda à venir quant à l'avenir d'un nouveau pacte social. Aller de l'avant dans de tels gestes renforce un courant de fond anti-fonctionnaires dans la société et à ce titre, si l'État maintenait le silence face au climat actuel, elle se trouverait à cautionner une attitude de harcèlement par son inaction qui va à l'encontre même de l'esprit de la Loi contre le harcèlement en milieu de travail. Tout un paradoxe! L'État qui est là en principe pour le bien-être du peuple, discriminerait les personnes mêmes qui sont engagées par lui-même pour desservir une autre partie! Comble du comble, pour des programmes dont elle ne peut plus assumer les frais de ses ambitions.
Lorsque nous engageons un entrepreneur, il ne nous viendrait pas à l'esprit de lui mentionner à la fin des travaux qu'il nous est impossible de le rétribuer tel que convenu parce que nous avons vécu au dessus de nos moyens au cours de l'année. L'injure à l'insulte serait aussi de lui dire que son dépôt que nous conservions a été perdu également. Pourquoi nous n'agirions pas ainsi envers lui? Les explications seraient ici superflues... Es-ce que les fonctionnaires sont des travailleurs qui ont un statut différent dans la société québécoise? Les fonctionnaires et toutes les autres catégories d'employés de l'État sont-ils des citoyens de seconde zone?
La population du Québec a demandé depuis 40 ans une multitude de services et la fin de leur administration par les ordres religieux. Cette opération a nécessité l'engagement de personnes compétentes chargées de livrer ces mêmes services. Contrairement à leurs prédécesseurs, les employés de l'État n'ont pas fait voeux de pauvreté et ne sont pas pris en charge par une communauté pour leurs besoins actuels et futurs. Leurs conditions de survie sont celles de salariés comme tous les autres salariés du Québec. Comme tous les autres salariés du Québec, ils ont contribué pendant des décennies par leur travail, taxes, impôts et déductions de programmes divers à édifier le Québec que nous voulions collectivement. Comme tous les autres salariés ils dépensent et font rouler l'économie. Les droits acquis par les fonctionnaires et employés de l'État sont le résultat du fruit de leur labeur. Si des employés ont des journées de maladies accumulées, c'est qu'ils étaient au travail! S'ils sont demeurés pendant 35 années au gouvernement, c'est qu'ils avaient un travail à faire sur la base de règles d'engagement clairs! Ils n'ont pas volé personne!
Plusieurs fonctionnaires et leurs familles espèrent de nos élus qu'ils prennent leurs responsabilités à défendre leurs propres employés face à ce climat de plus en plus malsain que nous pouvons ressentir dans nos communautés, cercles d'amis et environnement familial. Nous les convions à encadrer sérieusement le débat. La population devrait aussi réfléchir aux impacts qu'auraient sur eux que d'affaiblir économiquement pour longtemps une strate importante de la société et se demander si après ces gestes de toutes manières l'exercice ne sera pas à recommencer dans 2 ou 3 ans mais cette fois-ci sur eux personnellement...
Ils doivent demander à leurs hauts fonctionnaires d'explorer plutôt des pistes de solutions budgétaires qui répondent réellement aux enjeux de société à long terme, comme par exemple s'inspirer des nombreux rapports du vérificateur depuis des années. Nous leur demandons de faire le travail ingrat de présenter au peuple les choix de programmes qui s'imposent en ce moment. Profiter du moment de nombreux départs à la retraite pour justement peut-être délester des philosophies sociétales dont nous n'avons plus les moyens. Ce n'est pas en réduisant à l'état d'esclavage une caste de citoyens pour desservir une autre pour des services que nous n'avons plus les moyens que nous arriverons à une société plus édifiante, plus juste et plus équitable.
La prochaine étape serait-elle d'aller en sous-traitance avec des pays en voie de développement pour livrer nos propres services publics? À l'ordre s'il vous plaît!









