Ces propos que vient de tenir l'ex-chef bloquiste et péquiste comme participant à un forum tenu dans le cadre des 100 ans du journal Le Devoir ne sont pas vraiment nouveaux. On en retrouvait l'essence, mais en termes moins pointues, dans le Manifeste des Lucides de l'été 2009. M. Bouchard se fait cependant cette fois très incisif avec quelques flèches bien acérées à l'endroit de Pauline Marois. Malheureusement, là-dessus, il faut relever un règlement de comptes qui n'honore ni l'un, ni l'autre.
Cette sortie, c'est évidemment du bonbon pour les libéraux de Jean Charest au moment où ceux-ci en arrachent contre le PQ et l'ADQ à l'Assemblée nationale comme sur la place publique avec les dossiers de la corruption dans la construction, des garderies, de l'éthique, de la réforme scolaire, des négociations, etc. Car elle fait dériver l'attention d'un gouvernement qui donne des signes d'usure vers des sujets qui dérangent le PQ, mais qui font de ce fait l'affaire du PLQ.
Et puis, cela vient de quelqu'un qui n'est pas le dernier venu des Québécois. Lucien Bouchard, c'est un monument politique qui, contrairement à Jacques Parizeau et Bernard Landry, qualifiés de belles-mères, ne se manifeste pas très souvent. Alors, quand il parle, et avec la passion qu'on lui connaît de surcroît, les propos sont plus écoutés et portent davantage. Ce qui ne l'empêche pas d'exagérer un brin, de manquer à quelques égards de cohérence. En matière d'espace laïc et francophone, pour ne relever que ce dossier, le PQ est mieux branché que lui.
C'est parce qu'ils en connaissent la stature et le respect dont il jouit auprès de nombreux Québécois que plusieurs de ceux qu'il vient d'égratigner réagissent avec retenue. Sauf chez quelques-uns qui y voient la preuve d'un gros égo et d'une vengeance, les réactions vont de l'étonnement à la déception en passant par le malaise. S'ils disent lui vouer beaucoup de respect, tous continuent néanmoins de croire qu'ils sont sur la bonne voie, que la souveraineté constitue l'instrument nécessaire, en raison des pouvoirs et ressources financières qu'elle vaudra au Québec, pour relever les défis identifiés.
La meilleure des réactions vient au fond de Gérald Larose, ancien président de la CSN et président du Conseil de la souveraineté, qui, au lieu de critiquer ou fustiger l'ex-premier ministre, voit dans les propos tenus un appel à la définition et à l'application d'un plan de match. Ce dernier parle-t-il de la même souveraineté que tout le monde? Cela reste à voir. Mais, précise-t-il, l'objectif ne pourra être atteint qu'avec la participation de tous les pans de la société québécoise.
Enfin, quoi qu'en pensent les Québécois troublés ou piqués au vif, dont les troupes péquistes et leurs leaders actuels, les propos de M. Bouchard méritent considération. Non seulement parce qu'ils sont de nature à raviver le débat, mais aussi parce que le parti a du mal à composer avec son objectif de fond et les autres défis à relever. Ce qui fait qu'il perd d'influents membres (André Boisclair, François Legault et Joseph Facal) dont certains ont justement endossé le «Manifeste des Lucides». Bref, on errerait à croire que les propos de M. Bouchard ne constituent qu'un coup d'épée dans l'eau ou le vent.










