Les voyages de Jean Charest

Valère Audy
La Voix de l'Est

Le premier ministre Jean Charest fait-il trop de voyages à l'étranger? Ces visites sont-elles toutes justifiées et coûtent-elles trop cher? Ne vaudrait-il pas mieux qu'il les espace pour consacrer plus de temps aux affaires intérieures du Québec? Pourquoi voyager plus que son voisin ontarien dont la province est la plus populeuse du pays? Surtout que les problèmes à résoudre et les défis à relever ne manquent pas au Québec avec le déficit, la dette, les négociations en cours, les problèmes en santé et en éducation, la corruption et la collusion qui rongent le monde de la construction pour ne donner que ces exemples.

Ces questions sont abondamment soulevées depuis quelques jours par de simples citoyens, certains adversaires politiques et commentateurs de l'actualité. Si les uns trouvent que M. Charest voyage trop et déplorent du coup son absence au moment où la gestion des affaires publiques exigerait un sérieux coup de barre, d'autres croient que le Québec doit s'affirmer partout où il le peut sur les scènes nationale et internationale pour promouvoir et défendre les causes de l'autonomie, de l'économie, de la francophonie, de l'environnement. Mais ils souhaitent tous bien sûr qu'il réponde aux questions posées au lieu de les contourner et que son gouvernement traite avec plus de vigueur les dossiers de brûlante actualité.

 

D'accord avec ces voyages, Jean-Pierre Charbonneau, souverainiste et ancien président de l'Assemblée nationale, regrettait jeudi, au Club des ex, à Radio-Canada, l'attitude critique de ses anciens collègues à l'endroit de Jean Charest. Non seulement parce qu'il en a lui-même fait comme politicien ou président de l'Assemblée nationale, mais aussi et surtout parce qu'il les juge importants pour établir des contacts, aborder les sujets en profondeur, promouvoir ou défendre des idées, négocier des partenariats. Ce qui se fait bien mieux face à face qu'au téléphone. Pour le reste, l'ex-politicien ne se gêne pas pour critiquer vertement M. Charest.

Sa vision n'est évidemment pas désintéressée. Mais elle ne manque pas de réalisme pour autant. Ce qui lui plaît, comme souverainiste, ce n'est pas autant d'observer M. Charest lui-même parader à l'étranger, mais de voir la place que prend l'État québécois sur la scène internationale et dans le monde des affaires chaque fois que son premier ministre se présente aux événements d'importance ou pilote des missions commerciales comme il l'a fait à Copenhague, Paris, Davos, Vancouver, aux États-Unis, en Inde, en Russie, etc. Un comportement susceptible d'irriter Ottawa comme on le constate en environnement. Sauf que pour défendre les causes de la langue, de la culture, du progrès social, de notre économie et de l'environnement, il vaut actuellement mieux faire confiance au gouvernement du Québec qu'à celui d'Ottawa.

Il importe par ailleurs d'avoir constamment à l'esprit que le Québec est depuis toujours le premier et principal phare de la francophonie en Amérique du Nord et qu'il se doit de témoigner avec vigueur chaque fois qu'il le peut sur toutes les scènes à sa disposition de sa détermination à survivre et à se développer comme peuple et nation francophone. Il y a là un devoir qui justifie les déplacements du premier ministre du Québec au pays et à l'étranger. Un devoir que n'ont pas ses collègues des autres provinces. Alors, comment reprocher à M. Charest de s'en acquitter?

Bien sûr, enfin, que personne ne s'en plaindrait si le premier ministre et ses ministres témoignaient de plus de vigueur dans le traitement des grands dossiers qui font l'actualité québécoise. Là-dessus, M. Charest demeure plus vulnérable qu'avec ses voyages. Mais rappelons qu'il est entouré de ministres et qu'il appartient à ces derniers d'agir dans les champs d'activités dont ils ont hérité. Certains s'en tirent mieux que d'autres alors que les défis ne sont pas les mêmes pour tous. L'équipe Charest se ressent toutefois grandement de l'absence de membres à la forte personnalité telle celle de Mme Jérôme-Forget et du Dr Couillard. C'est l'ensemble du gouvernement qui en souffre.

 

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