Ce qui est un manque de lucidité plus ou moins volontaire, une inconscience locale que devrait éclairer un regard au-delà nos frontières.
Nicolas Bérubé, correspondant de La Presse au pays voisin écrit: «Officiellement, la récession est terminée aux États-Unis. Dans les faits, l'économie continue à se détériorer. Le nombre de faillites explose. Les banques alimentaires sont débordées. Les employeurs n'embauchent pas. Mis à pied en 2008, un producteur vedette de Los Angeles est incapable de trouver un emploi, un problème qui touche des millions d'Américains.»
Actuellement, aux États-Unis, 14,9 millions de personnes, un nombre record, se cherchent un emploi; certains depuis 450 jours. Pas d'emploi signifie pas d'assurance-maladie. En décembre seulement, 39 millions d'Américains ont eu recours à l'aide alimentaire. Selon le New York Times, un enfant sur quatre mange grâce à l'aide alimentaire.
Pour caricaturer la situation, le cinéaste Michael Moore s'est évidemment fait un plaisir de tourner Le capitalisme: une histoire d'amour, où il remet en question le système d'aujourd'hui, où une infime minorité d'individus profite à l'excès d'un système au détriment des plus pauvres.
Évidemment, Michael Moore se lance dans une charge souvent démagogique et totalement subjective. C'est son style, on le sait. Allons donc voir ailleurs. Par exemple, dans un éditorial de Jean Daniel, fondateur du Nouvel Observateur qui dénonce «la situation créée par la crise financière d'un capitalisme devenu décidément insupportable. Les inégalités trop nombreuses, le chômage trop menaçant, les disparités trop criardes, les comportements des financiers trop insolents...»
On pourrait continuer, analyser la situation de la Belgique, de l'Italie et d'autres pays d'Europe ou d'Orient. Et nous fermer les yeux pour nous croire totalement à l'abri des malheurs qui frappent le reste du monde. Illusion; innocence; insouciance; bêtise.
La tendance américaine de rémunérer les patrons de banque ou autres grandes entreprises financières à coup de dizaines de millions se poursuit, même si c'est le gouvernement qui a sauvé ces grosses boîtes de la faillite, amenées au bord du gouffre à cause de leur administration égocentrique: les patrons premiers servis! Vous pensez que le monde peut se sortir de ses malheurs avec un capitalisme dirigé par quelques profiteurs, dans chaque pays, aux dépens du reste de la société?
Heureusement, on trouve parfois des raisons d'espérer. Chez nous, entre autres. «Pour la première fois cette année, les actionnaires de 13 des plus grandes sociétés canadiennes ont leur mot à dire sur un enjeu toujours controversé: la rémunération des patrons», a-t-on lu dans La Presse.
«Leur mot à dire». Ce qui n'empêche pas le président de la Banque Royale, par exemple, de toucher un salaire de 12,1 millions de dollars en 2009, soit une augmentation de 26% sur 2008, alors que le bénéfice a fondu de 15% durant la même période. Évidemment, on aura plusieurs raisons et prétextes pour justifier les chiffres. Mais comment encourager un tel système pendant que le personnel vit dans l'inquiétude de perdre son emploi?
Quand Barack Obama décide de mesures pour atténuer les effets d'un capitalisme qui ne sert qu'une minorité de favorisés, il se fait traiter, par les républicains, de «socialiste», ce qui semble toujours être la pire des injures dans certains milieux américains. Partage, justice, équité, respect et autres valeurs humaines nécessaires à tous les humains font-ils partie du langage d'un seul système démocratique?
Il faut cesser de nous imaginer que les mêmes situations ne risquent pas de nous toucher. Elles sont déjà là. Et si la crise semble passée, ses effets sont réels et risquent d'être désastreux, si on se ferme les yeux.
L'auteur a été président-éditeur de La Voix de l'Est en 1988-89









