Mais le gouvernement, n'en déplaise aux mécontents, ne peut reculer. Tout au plus peut-il apporter des ajustements. Parce que la carte de crédit est pleine, pour reprendre une expression populaire, et que le temps est venu de passer à la caisse. Pas pour éponger les dépenses d'étrangers, mais celles des Québécois qui ne cessent de demander et auxquelles les gouvernements, en quête de capital politique, n'ont pas su dire non lorsqu'ils auraient dû le faire. Des Québécois qui en veulent même encore plus et qui, pour éviter la facture, se disent dans certains cas prêts à sortir dans la rue.
Ces critiques oublient que plus ils repoussent la pilule, plus celle-ci sera grosse et amère. Droits et tarifs de toutes sortes auraient dû croître au rythme de l'inflation. L'heure est au redressement. Et au défi posé s'en ajoutent d'autres, dont les coûts du vieillissement de la population qui obligent à explorer de nouvelles voies de financement et l'inévitable hausse des taux d'intérêt qui aura un impact significatif sur le budget du Québec étant donné l'énormité de sa dette. Viser les riches, les entreprises, taxer l'eau, etc., c'est correct, mais cela ne suffira pas. Tous les Québécois devront faire leur part.
Mais pour cela, il faudrait que les Québécois aient davantage confiance en leurs élus. Or les histoires de corruption et collusion dans la construction, le refus du gouvernement de tenir une enquête, les problèmes d'éthique soulevés, le laxisme et le dossier des garderies pour se limiter à ces exemples n'avantagent pas l'équipe Charest. Les électeurs sont méfiants. Et puis, les adversaires tirent à boulets rouges sur le premier ministre et ses ministres. Des adversaires qui ne sont pas exempts de responsabilité et qui, à sa place, devraient imposer les mêmes mesures d'austérité.
Il faut ici rappeler que le Parti québécois s'oppose depuis des années à la hausse des droits de scolarité, des tarifs d'Hydro-Québec et des garderies. Peut-être qu'il devra là-dessus revoir sa position. Mais on doute qu'il aille dans le même sens que les libéraux en matière de santé. Car son discours en santé, en éducation et en garderie se résume à ceci: de plus en plus d'État. Quant à l'ADQ, qui veut depuis longtemps sabrer partout, son nouveau chef est difficile à suivre puisqu'il condamne aujourd'hui ce que son parti prônait hier.
Chez les adversaires de Jean Charest, aucun ne formule de réponses précises, à part quelques clichés, les mêmes que d'habitude, quand on leur demande, en réaction au budget Charest, ce qu'ils feraient à sa place. Ils sont plus intéressés à condamner le gouvernement avec l'espoir de marquer des points qu'à avancer des solutions. Parce qu'ils n'ont rien à proposer et qu'ils sont eux aussi en partie responsables de la situation actuelle, comment leur faire davantage confiance qu'au gouvernement en place pour nous sortir du pétrin?
Le défi à relever est tel qu'il devrait inciter tout le monde à reconnaître que nous vivons au-dessus de nos moyens, que chacun doit faire sa part et que nos élus, au lieu de s'amuser à se démolir, devraient tous tirer dans la même direction pour servir les meilleurs intérêts des Québécois. Bref, il y a un gros problème de confiance entre politiciens eux-mêmes d'une part ainsi qu'entre les citoyens et les élus d'autre part, et inverserait-on les rôles à l'Assemblée nationale que la situation resterait la même. Dès lors, tout projet de redressement, quel qu'en soit l'initiateur, devient très difficile à vendre.










