Pourtant, il n'y a rien d'anormal à ce qu'un premier ministre du Québec soit informé ou consulté en rapport avec les nominations d'importance. Parce que, en fin de compte, s'il y a mauvais choix et subséquemment des erreurs, le ministre responsable et son patron, le premier ministre en l'occurrence, seront vite ciblés et vertement critiqués. Une consultation qui s'impose de toute évidence dans le cas d'une ministre inexpérimentée ou, encore, d'un poste névralgique, d'une forte ou colorée personnalité.
Bien sûr qu'il serait anormal que les nominations soient téléguidées directement du bureau du premier ministre, que les ministres ne soient que des marionnettes que le PM agite à sa guise. Or, dans le cas des juges, avec le processus appliqué au Québec, les noms qui franchissent les étapes sont ceux d'avocats d'expérience et compétents. S'il y a des libéraux sur la liste, comment s'étonner de leur choix lorsque le PLQ est au pouvoir? Comment s'étonner du choix de péquistes lorsque le PQ est au pouvoir? D'abord que le siège de juge n'est pas «acheté» et que les gens nommés sont compétents. Faut dire qu'avec le processus actuel, le Québec n'a pas été malchanceux.
Quant à la haute fonction publique, aux dirigeants des sociétés d'État notamment, le premier ministre est également consulté et/ou informé quant aux nominations. Les ministres responsables n'agissent pas seuls et à l'insu du premier ministre. Bien sûr, se peut-il qu'un ministre oublie. C'est du reste arrivé sous Robert Bourassa, mais celui-ci, au lieu de désavouer son ministre, a collé un espion aux fesses du haut fonctionnaire nommé. Un geste que René Lévesque aurait dans quelques cas eu avantage à imiter.
Daniel Johnson fils, Lucien Bouchard, Jacques Pariseau, Bernard Landry et Jean Charest nous affirmeraient-ils, même sous serment, qu'ils ne furent ni consultés, ni informés concernant la nomination les plus hauts fonctionnaires, dont les pdg d'Hydro-Québec, de la SAQ, la SAAQ, de la SGF, de Loto-Québec et de la CDPQ (Caisse de dépôt et placement du Québec) que nous ne les croirions pas. C'était la même chose ou presque sous Duplessis, Jean Lesage, Daniel Johnson père, René Lévesque et Robert Bourassa.
Et ce n'est pas différent à Ottawa, surtout pas sous M. Harper.
Enfin, Pauline Marois deviendrait-elle première ministre du Québec qu'elle voudrait elle aussi tout savoir et/ou contrôler. Il suffit de relever le vif intérêt qu'elle manifeste avec ses collègues ce qui est également vrai pour l'ADQ et QS pour tout ce qui concerne les dirigeants et la gestion des sociétés d'État pour comprendre, surtout avec les récentes crises vécues à la Caisse de dépôt et à Hydro-Québec, que Mme Marois voudrait absolument savoir et même s'y mettre le nez de façon à ne pas se faire avoir et à éviter des dérapages qui en mineraient la crédibilité et l'autorité.
Bref, un premier ministre sait tout et c'est normal puisqu'il est le premier et principal responsable de la gestion du gouvernement en place, quelle qu'en soit la couleur, face à l'électorat. Il n'y a pas de cloisons étanches entre les bureaux de ses ministres et le sien. Mais ce qui entre et sort du sien ne va pas forcément dans toutes les directions. Cela a toujours été et demeurera. Le nier, c'est ignorer la réalité ou mentir.










