Au terme d'un procès expéditif, l'ex-médecin a été condamnée à 1000 $ d'amende, hier, pour ne pas avoir produit de déclaration de revenus depuis 13 ans. Le juge de la Cour du Québec Michel Beauchemin lui a donné deux ans pour acquitter cette somme.
La résidante de Stukely-Sud avait déjà purgé deux mois de prison, l'an dernier, parce qu'elle ne reconnaissait pas les infractions qui lui étaient reprochées.
Mme Lanctôt - qui n'a pas assisté à la fin de l'audience, hier, ce qui lui était permis - a pris la nouvelle avec détachement et en reprenant les arguments ésotériques qui la caractérisent.
«Je n'ai pas à payer ça puisque je ne suis pas Ghislaine Lanctôt; Mme Lanctôt est une entité légale que je ne représente pas. Je suis Ghis, un être souverain. Je n'ai pas à obéir à l'État; je ne suis pas une esclave», a déclaré Mme Lanctôt en entrevue, hier, entourée d'un dizaine d'amis et de supporters au restaurant Avril.
«Je n'ai pas besoin d'être protégée (par l'État), a ajouté la femme de 67 ans. Je ne suis plus une citoyenne. J'ai transcendé la peur.»
Ghislaine Lanctôt est morte
Peu avant l'audience, avant de s'esquiver, «Ghis» a d'ailleurs remis au juge de la Cour du Québec Michel Beauchemin un avis de décès au nom de... Ghislaine Lanctôt. «La citoyenne Ghislaine Lanctôt est morte, donc je n'ai rien à voir avec cette cause», a-t-elle indiqué.
Qu'arrivera-t-il si elle omet - encore - de payer l'amende, imposée en vertu de la Loi de l'impôt sur le revenu?
«De nouvelles accusations pourraient être déposées si elle n'obtempère pas», dit le procureur de la Couronne au dossier, Me Gilles Villeneuve. Bref, elle frappera un mur.
Arrêtée par la GRC en avril dernier, après plusieurs significations infructueuses par huissier, l'ex-médecin, radiée en 1997 pour ses propos antivaccination, a passé deux mois à l'ombre puisqu'elle refusait de signer les documents qui lui auraient permis une remise en liberté plus rapide.
Son expérience à la prison pour femmes Tanguay, à Montréal, a servi d'inspiration pour son dernier livre intitulé Madame Ghis: évasion en prison.
Elle est aussi l'auteure de La mafia médicale, livre qui avait fait grand bruit lors de sa sortie et qui est à l'origine de sa radiation de l'Ordre des médecins.
Revenus
Livres et ateliers de «prise de conscience» sont les sources de revenus pour Mme Lanctôt, qui dit refuser toute rente gouvernementale ou pension de vieillesse, tout comme elle refuse d'avoir une carte d'assurance-maladie ou un permis de conduire. Et, bien sûr, comme Henry David Thoreau, de payer des impôts.
«Les impôts sont à contribution volontaire pour les particuliers, dit Mme Lanctôt. Je n'ai pas à contribuer à enrichir ce cartel de banques étrangères que constitue la Banque du Canada. Car nos impôts ne vont pas dans les services à la population.»
Bref, la vie reprend son cours normal pour Ghis (prononcez «Guy»), qui a laissé tomber le «laine» de son nom «car je ne suis pas un mouton». Pas question de payer l'amende de 1000 $.
Ne craint-elle pas de se retrouver à nouveau à prison? «Non, répond Ghis. Je suis prête à tout plutôt que de renier mon identité véritable. J'obéis à mon âme et conscience.»











