«Je ne voudrais pas que ça décourage les femmes de porter plainte. Mon expérience m'enseigne que, pour les femmes qui ont subi une agression, leur principale victoire, c'est de briser le silence, parce que les peines ne sont généralement pas à la hauteur des conséquences liées à l'agression», explique Sophia Cotton, coordonnatrice au Centre pour femmes Entr'elles, à Granby.
Même son de clocle du côté du CALACS de Granby (Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel). «En général, les deux motivations pour entamer une poursuite, c'est de briser le silence et de faire reconnaître la responsabilité de l'agresseur. Même s'il clame son innocence, la justice, elle, le déclare coupable. Si ces deux éléments sont comblés, les victimes sont satisfaites de leur démarche même si la peine est clémente», explique l'intervenante Carole Thériault.
Mme Thériault ajoute tout de même qu'«il devrait toujours y avoir une peine d'emprisonnement imposée dès qu'il a agression sexuelle.» Mais le sursis communautaire revient souvent. «À la longue, le message que ça envoie, aux agresseurs et aux victimes, c'est que ce n'est pas grave.»
«Demain (aujourd'hui), on pourrait avoir des appels de femmes disant qu'elles ne porteront pas plainte à la suite de cette sentence», ajoute-t-elle.
Le fait que la sentence rendue hier concerne un homme de 93 ans très malade fait réfléchir Mme Cotton. «Je ne suis pas sûre qu'une sentence d'emprisonnement serait bien dans ce cas. En prison, il aurait été traité aux petits oignons et ça aurait représenté des coûts exorbitants pour l'État. Au moins, là, il est obligé de payer pour ses soins», affirme la coordonnatrice.
Dénoncer 50 ans plus tard
Les intervenantes se sont aussi insurgées contre les préjugés entourant les victimes qui dénoncent plusieurs années après les crimes, comme dans le cas des soeurs Hamelin. «C'est du quotidien pour nous de voir des femmes attendre 30, 40 ans avant de dénoncer», dit Mme Thériault. «C'est tout à fait compréhensible, c'est le crime le moins dénoncé et où il y a le plus de préjugés», dit-elle, ajoutant qu'un des «premiers mécanismes de défense des victimes, c'est d'oublier».
«Parfois, les victimes veulent préserver la famille, protéger la mère», renchérit Mme Cotton.











