«On s'informe régulièrement sur ce qui se passe, c'est certain», affirme en souriant Dave Gagnon, président et chef de la direction d'AAER. «Les promoteurs ont beaucoup d'obligations à respecter sur le contenu qui doit provenir de la Gaspésie. Nous, nous savons qu'on peut les respecter.»
L'incertitude économique aidant, la direction d'AAER fait le pari que d'autres turbiniers pourraient se désister de projets de parcs éoliens déjà approuvés par Hydro-Québec. Ça s'est produit l'été dernier lorsque la compagnie américaine GE Wind s'est retirée du projet prévu dans la municipalité de Saint-Maxime-du-Mont-Louis en Gaspésie.
Les discussions se poursuivent entre AAER et le promoteur de ce projet, Northland Power, pour équiper son parc de 61 turbines de 1,5 mégawatt d'AAER, un contrat de 142 millions de dollars. La construction du parc est prévu en 2010.
L'entente avec Northland Power devait être conclue cet automne. Elle a ensuite été reportée de quelques semaines. On a appris hier que les parties se sont donné une prolongation de 60 jours pour compléter le travail. «On en est aux technicités, des détails sur l'entretien des éoliennes», a expliqué M. Gagnon hier matin en entrevue à La Voix de l'Est en marge de l'inauguration officielle de l'usine d'AAER dans l'ancienne usine Hyundai de Bromont.
Et de deux
La deuxième turbine assemblée par AAER quittera l'usine ce matin. Direction: la municipalité de Portsmouth au Rhode Island. L'engin de 65 tonnes, qui a pris trois semaines à assembler, coûte trois millions de dollars. «Il y a près de 60 % de contenu québécois», a affirmé non sans fierté M. Gagnon en la montrant aux journalistes. «On continue de travailler pour qu'on monte jusqu'à 85 % de contenu venant d'ici, du Québec.»
Parmi le contenu québécois, notons l'immense moyeu qui sera fixé à la turbine. Le moyeu, sur lesquelles les pales seront fixées, a été coulé en fonte à l'usine de Castech à Thetford Mines. Quant aux pièces de matériaux composites recouvrant la turbine ainsi que le moyeu, elles ont été fabriquées aux installations bromontoises d'AAER.
Les discussions se poursuivent avec les élus de Sainte-Anne-des-Monts en Gaspésie pour y fabriquer des composantes électroniques de turbines. Par ailleurs, la municipalité de Chandler est encore dans les cartons d'AAER. L'entreprise désirait y lancer une filière pour la construction de pales, mais étudie maintenant un projet d'usine de fabrication d'engrenage. «Les gens de Chandler ont de l'expertise en machinerie. Ils seraient capables de faire un bon travail», estime M. Gagnon. Signe d'un possible partenariat, le maire de Chandler, Claude Cyr, était sur place hier.
L'intérêt pour AAER de s'implanter dans ces deux villes gaspésiennes est d'augmenter le contenu québécois et surtout gaspésien de ses produits. Ce sont là deux conditions imposées par le gouvernement québécois pour décrocher des contrats publics de production d'électricité par la filière éolienne.
La production des pales, également en matériaux composites, débutera au printemps, a signalé M. Gagnon.
La première éolienne de AAER tourne depuis deux semaines à la base des Marines à Barstow en Californie. Une équipe d'AAER est sur place pour effectuer une série de tests. L'éolienne commencera à produire de l'électricité en mars, a indiqué M. Gagnon. «C'est un grand pas en avant pour AAER. On est maintenant capable de montrer à nos clients ce qu'on fait, que ça fonctionne. C'est une démonstration claire. Là, l'ascenseur va revenir», a-t-il imagé, directe allusion au revers de son entreprise lors du dernier appel d'offres d'Hydro-Québec.
35 M $ et 100 emplois
AAER a investi 35 millions de dollars pour bâtir ses fondations: achat et transfert de technologies européennes et aménagement de l'usine, notamment. Elle emploie une centaine de personnes à son usine de Bromont. Les contrats de fournitures accordés à des entreprises dans une dizaine de villes québécoises font travailler environ 175 personnes, a signalé M. Gagnon.
Rencontré alors qu'il s'affairait à des travaux de moulure, Sylvain Paul est ravi d'avoir reçu un coup de fil des ressources humaines d'AAER en décembre. Ce résidant de Magog a occupé trois emplois ces dernières années dans le secteur des textiles. Des années difficiles, se rappelle-t-il. «Je travaillais deux semaines, puis j'étais sur le chômage deux autres semaines, des fois un mois. À un moment donné, ça prend quelque chose de stable. Ici, c'est parti pour un maudit bon bout. Ça ne peut aller qu'en montant. Les éoliennes, c'est l'avenir», assure-t-il.











