Un PPP à Granby? Quel PPP?

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Chantal Vallée
La Voix de l'Est

Des investissements d'environ 11 millions de dollars ont été annoncés en 2007 dans la Haute-Yamaska et dans Brome-Missisquoi pour créer une soixantaine de lits d'hébergement dans chacune des régions. Pourtant, il faudra attendre encore longtemps avant d'assister au début des travaux. Pendant ce temps, les deux établissements doivent composer avec des urgences qui débordent et le manque de lits, sans aucune compensation financière.

En novembre 2007, le ministre responsable de la Montérégie, Jean-Marc Fournier, était venu à Granby annoncer une grande nouvelle. Un nouveau centre d'hébergement de 66 places serait construit. Le pdg de l'Agence de la Montérégie d'alors, Luc Boileau, espérait même tout haut que le nouveau centre soit en mesure d'accueillir ses premiers résidants avant Noël 2009. On croyait alors qu'un projet mené en partenariat privé-public pourrait cheminer à une cadence plus rapide que les chantiers dans les établissements publics, reconnus pour leur lenteur et leurs nombreux retards.

 

Un an et demi plus tard, le projet de Granby n'a pourtant franchi aucune des trois étapes menant à la signature d'une entente avec un promoteur privé qui construira l'établissement. Ce processus (appel de qualification, de proposition et signature de l'entente) prend de 15 à 19 mois, peut-on lire dans le rapport d'activité 2007-2008 de l'Agence des partenariats public-privé.

«Ce projet n'a pas avancé beaucoup. Il n'y a aucun échéancier, aucun appel de qualification. D'après moi, c'est parce qu'il fallait décider quel projet de PPP allait être réalisé dans quelle séquence», indique Hugo Delaney, porte-parole de l'Agence des partenariats public-privé.

«L'Agence des PPP et le Ministère ne voulaient pas mener deux projets de front», précise Claire Pagé, présidente-directrice générale de l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie.

Le premier projet de centre d'hébergement en partenariat public-privé au Québec est celui du CSSS Champlain à St-Lambert sur la Rive-Sud de Montréal, dont la construction doit débuter le mois prochain. Tout le processus a duré une éternité. «Le projet a été amorcé en juin 2006», rappelle M. Delaney. Une année a été nécessaire pour franchir chacune des étapes: l'appel de qualification, puis l'appel de proposition (voir Quelques repères).

«Le prochain projet ne sera pas aussi long, promet Claire Pagé. On partait de zéro. Mais là tout est écrit. Et on va partir de ces documents-là qu'on essaie de simplifier», indique-t-elle.

Le comité directeur qui travaillera sur les projets de CHSLD en Montérégie et à Laval a été formé. À l'Agence de la Montérégie, on espère mettre les projets en marche très rapidement pour recueillir les propositions des promoteurs éventuels dès l'été.

«On y travaille, même si publiquement il n'y a pas beaucoup de choses qui ont été annoncées», reconnaît Claire Pagé.

Le directeur général du CSSS de la Haute-Yamaska, Claude Vézina, insiste lui aussi sur le travail déjà effectué. La direction des établissements de la Montérégie et de Laval, qui ont un projet de CHSLD en PPP, ont défini ensemble leurs besoins et leurs critères. Les promoteurs pourront manifester leur intérêt pour un ou plusieurs projets qui seront vraisemblablement menés de front.

Une lenteur coûteuse

Pendant ce temps, le CSSS de la Haute-Yamaska doit composer avec un criant manque de lits de longue durée, ce qui contribue à engorger l'urgence qui a connu un autre hiver difficile.

«C'est clair que ça a un impact budgétaire», souligne le directeur général Claude Vézina. «Mais le plus gros impact, c'est sur la qualité des services que l'on rend à notre clientèle», dit-il. Le dg regrette qu'encore trop de gens âgés en attente d'une place en hébergement occupent des lits de courte durée de l'hôpital. «Ces gens seraient beaucoup mieux dans un CHSLD avec du personnel bien formé (pour leur condition)», souligne-t-il. Pendant ce temps, des personnes en attente d'hospitalisation doivent séjourner sur une civière de l'urgence «parce qu'ils n'ont pas accès à des lits de soins aigus», déplore-t-il aussi.

Impatience

«On est extrêmement déçus», réagit le député de Shefford, François Bonnardel. «J'ai parlé à M. Bolduc - le ministre de la Santé. Il m'a dit qu'il suivait la situation de près. Mais il ne m'a jamais rassuré. Je serais très étonné que ce soit prêt pour décembre».

«C'est désolant de voir la lourdeur, enchaîne-t-il. Ce n'est pourtant pas compliqué pour un entrepreneur privé de construire une bâtisse qui pourrait accueillir 66 lits. C'est une politique de patience publique», estime-t-il.

Le maire de Granby, Richard Goulet, se désole lui aussi de toutes ces lenteurs. «Je trouve ça malheureux. Ce dossier-là n'avance pas. Ça n'a pas de bon sens qu'un projet se réalise en quatre, cinq, six ans. C'est long. La population a besoin qu'on prenne des décisions», souligne-t-il.

 

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