On a surtout à l'oeil la prolifération de la myriophylle à épi, signale Marc-André Guertin, coordonnateur à l'environnement pour la Ville de Granby. En dix ans, cette espèce s'est rapidement répandue dans le lac Boivin. On peut facilement voir ces plantes près des berges à proximité du chalet des patineurs du parc Daniel-Johnson ainsi qu'autour de la fontaine d'eau. Des résidants du boulevard de l'Estrie, dont les propriétés bordent le lac, se plaignent depuis quelques années de leur présence.
La myriophylle à épi ne provient pas d'Amérique du Nord. Elle vient d'Europe, d'Asie et d'Afrique du Nord. Et mauvaise nouvelle: elle se nourrit de phosphore, un nutriment qui ne manque pas dans nos cours d'eau... Un kilogramme de phosphore, fait remarquer M. Guertin pour illustrer ce nouveau défi environnemental qu'est la myriophylle à épi, produit environ 500 kilogrammes de plantes aquatiques.
Outre l'aspect visuel de leur présence dans le lac Boivin, les myriophylles à épi sont nuisibles aux autres espèces végétales aquatiques en ce sens qu'elles rivalisent avec elles pour une place dans l'écosystème. Aussi, lorsque ces plantes forment des masses, comme c'est le cas près de la fontaine d'eau, la circulation est difficile pour les embarcations. Les Loisirs de Granby ont dû retirer de l'eau leurs pédalos. Les plantes aquatiques s'emmêlaient dans les pédaliers, les endommageant.
Difficile de s'en débarrasser
Pas facile de se débarrasser de ces plantes. Même en les arrachant, elles risquent de repousser. Il suffit que quelques-unes de leurs branches tombent dans le fond de l'eau pour qu'elles se reproduisent.
Une étude réalisée l'an dernier par la Corporation de gestion Charmes à la demande de la Ville de Granby a permis d'avancer quelques solutions pour contrôler et empêcher la prolifération de ces plantes. Il était question d'interventions mécaniques, physiques, chimiques, physiochimiques et biologiques. Toutefois, compte tenu de l'ampleur du problème, les auteurs de l'étude ont recommandé à la Ville de privilégier plutôt une approche globale et moins directe dans le lac.
Quelques interventions sont considérées:
1. Retrait des plantes aquatiques échouées (mortes)
2. Faucarder les plantes (les couper le plus près possible de leurs racines)
3. Encourager les riverains à revégétaliser leurs berges
Les deux premières interventions nécessitent des autorisations du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs. Pour ce qui est de faucarder, seulement 15 % des plantes pourraient être coupées, selon les normes du MDDEP.
Ces interventions seraient menées avec l'aide de groupes communautaires, a indiqué M. Guertin. Il invite les groupes intéressés à participer à ces efforts à communiquer avec lui.
Une rencontre est prévue cette semaine entre M. Guertin et des représentants du Ministère. La Ville a accordé un budget de 18 000 $ au projet.
Bassin versant
Tout comme la lutte contre les algues bleues, affirme M. Guertin, le problème des myriophylles à épi passe par la réduction de l'apport en phosphore dans le lac. À ce compte, le bassin versant du lac Boivin devra être passé au peigne fin. «On va jeter un coup d'oeil au lac, mais c'est sûr qu'on va devoir s'intéresser aux sources qui arrivent dans le lac», a dit le biologiste de formation.
Peut-on éliminer définitivement ces plantes du lac Boivin? Probablement pas, estime M. Guertin. Au mieux peut-on les contrôler, dit-il. «C'est un rappel que le lac Boivin a déjà été un milieu humide avec beaucoup de vie végétale, traversé par une rivière, avant d'être un lac. Il tend à vouloir retourner à cet état.»











