Le Dr Brochu digère donc assez mal les propos que le coroner vedette américain Michael Baden a émis samedi, à l'effet que l'autopsie pratiquée par les autorités brésiliennes était incomplète et que «beaucoup d'autres éléments d'enquête n'avaient pas été découverts par les pathologistes», selon ce qu'avait rapporté La Presse canadienne.
«Il s'agit d'un médecin américain qui n'a pas droit de pratique au Québec, alors il est très mal foutu de venir commenter une autopsie qui va être refaite ici, a lancé le résidant de Shefford au bout du fil, hier. Ce n'est pas de ses oignons, ce n'est pas de son ressort.»
«Je désapprouve le seul fait qu'il s'ouvre la bouche à ce sujet, surtout qu'il s'agit d'une situation complexe, a-t-il poursuivi. Il ne faut pas oublier qu'une autopsie demeure un acte médical, alors s'il y a de l'information à donner, c'est à la famille, pas aux médias.»
Dossier particulier
Ce dossier est particulièrement épineux en raison des conclusions contradictoires qui ont été tirées jusqu'ici par la police brésilienne.
Rappelons que dans les heures qui ont suivi la mort d'Arturo Gatti, le 11 juillet dernier, son épouse Amanda Rodrigues avait été formellement accusée de meurtre et emprisonnée sur-le-champ. Or, la semaine dernière, une nouvelle explication a été avancée selon laquelle l'ex-boxeur se serait finalement suicidé.
Conséquemment, vendredi, le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a formellement indiqué que son gouvernement voulait en savoir davantage sur les circonstances entourant la mort du boxeur montréalais.
«Imaginons qu'on arrive à une autre conclusion; ça placerait le Brésil dans une drôle de position, illustre le coroner. Alors il faut s'assurer de ne pas commettre d'impair diplomatique. C'est pourquoi ça s'annonce très long. En fait, ça risque de ne pas se compter en semaines, mais probablement en mois.»
Processus habituel
Du reste, la commotion entourant la demande d'exhumation du corps de Gatti (qui, au demeurant, n'a jamais été inhumé), de même que la demande par le gouvernement canadien d'une nouvelle autopsie, n'impressionnent pas outre mesure Jean Brochu, ce dernier parlant plutôt d'une pratique tout à fait habituelle.
En fait, dès qu'un citoyen canadien meurt à l'étranger, la juridiction sur son corps revient au Canada, qui cherchera alors à déterminer les causes du décès. Cette procédure s'avère souvent une formalité, tout dépendant du pays concerné ou de l'évidence d'une situation donnée (par exemple une crise cardiaque ou une mort naturelle), mais elle se mettra en branle de manière systématique et rigoureuse si le décès s'est produit dans un pays moins industrialisé ou moins digne de confiance aux yeux des systèmes de santé québécois et canadien.
«Il arrive parfois, notamment avec les pays d'Amérique latine, qu'on ne soit pas sûrs de la qualité de l'information reçue, précise le Dr Brochu. Leurs normes ne sont pas toujours les mêmes qu'ici. Là, en plus, le rapport n'est pas dans notre langue et on ne connaît pas les experts qui ont travaillé dessus, alors ça explique pourquoi on recommence l'autopsie.»
Toutefois, le coroner affirme lui-même qu'il ne nourrit pas d'attentes à l'égard de ce cas. D'abord, même s'il est attitré au dossier depuis vendredi, il n'a toujours rien reçu des documents qu'il a demandés aux autorités brésiliennes - rapport de police, rapport d'autopsie, etc. - et, dans tous les cas, comme il n'y aura pas de nouvelle enquête policière, il devra composer avec ce qu'on voudra bien lui fournir.
Il attend également le rapport de l'autopsie qui a été pratiquée au Québec samedi, ainsi que les résultats d'expertises toxicologiques et d'autres analyses qui doivent encore être menées sur la dépouille de Gatti.
«Il faudra d'abord discerner les témoignages valables, puisqu'il peut y avoir des partis pris potentiels parmi les témoins, explique celui qui a été coroner attitré à la Haute-Yamaska et à Brome-Missisquoi de 1989 à 2004. Il faudra donc en prendre et en laisser quand viendra le temps de retracer les circonstances de l'événement.»
«Le devoir du coroner, c'est d'identifier les causes du décès, et c'est ce qu'on va faire, termine Jean Brochu. Du moins, on va essayer de faire ce qui est possible avec ce qu'on a. Autrement, pour nous, c'est un dossier comme les autres, et notre rapport sortira quand on va être prêts. Ce n'est pas moi qui vais divulguer de l'information avant ça.»
(Avec La Presse canadienne)











