Le vol de quatre armes à feu et de chargeurs au poste de police de Bromont a semé la consternation chez plusieurs employés, en 2006. Certains ont vécu un stress énorme, tandis que d'autres ont éprouvé tristesse et colère.
Lorsque Mélanie (nom fictif) a reçu un appel la sommant de se rendre au poste parce qu'un événement grave s'était produit, la tension s'est installée. «De Granby à ici, le stress était incroyable, confie la policière âgée de 25 ans. Dans ma tête, quelqu'un de l'équipe n'était plus là.»
Lorsqu'on l'a informée que quatre Beretta avaient été volés, dont le sien, l'inquiétude a monté d'un cran. «J'étais considérée comme l'un des suspects parce que mon arme avait été volée. J'ai été interrogée. Je me trouvais de l'autre côté de la table. Tu te sens mal et tu n'as rien fait», se rappelle-t-elle.
L'enquête a duré quelques jours. Pendant ce temps, les policiers étaient sur le qui-vive. «Ce qui me rendait hyper nerveuse, c'était de savoir: est-ce que cette arme-là va se revirer contre moi? Et pourquoi on a volé mon arme?» indique-t-elle.
«En sortant du poste, je suis rentrée chez moi et je n'en suis pas sortie, enchaîne la policière pour démontrer l'état de peur qui s'était installé chez elle. Je me sentais dans un film. Je pensais que c'était un cauchemar, mais c'était vraiment réel.»
Le poste de police étant une véritable forteresse, les policiers croyaient que le vol avait été commis par l'un des leurs. «Est-ce que c'est un policier qui a volé les armes et qui est malade? Est-ce qu'il va rentrer dans le poste pour nous tirer? J'avais peur que quelqu'un vienne chez moi», ajoute Christian (nom fictif), un autre policier.
Pendant l'enquête, les policiers ont travaillé en équipe de deux, ce qui n'était pas le cas auparavant durant les quarts de jour. Le répartiteur, lui, était toujours accompagné d'un policier. «Je me disais: si on arrive dans un secteur boisé et que c'est mon partenaire qui l'a volé, est-ce qu'il va me tirer?» se rappelle le policier.
Consternation
Lorsque la Sûreté du Québec a finalement arrêté un répartiteur du poste de police, le stress a fait place à la consternation chez plusieurs membres de l'équipe, dont Christian, un ami de l'accusé.
«Quand ça arrive, le lien de confiance que tu as avec ton ami s'écroule et tu remets ce lien de confiance en doute envers tes autres amis», indique le policier de 32 ans.
Après l'événement, la direction du service de police a retenu les services d'un psychologue qui a offert une thérapie de groupe. Chaque employé a dû exprimer ce qu'il ressentait face à l'événement.
«Tout le monde l'a vécu différemment, souligne Mélanie. Comme ça ne faisait pas tellement longtemps que j'étais en poste, ce qui m'a fait de la peine, c'est de voir mes collègues qui en avaient.»
«À l'intérieur, ça a fait du bien, estime le policier. C'était intense parce qu'on le vivait à l'intérieur tous ensemble et on ne se faisait pas juger.»
À Bromont, comme dans la plupart des services de police, un debriefing est organisé après chacune des interventions. Ces rencontres permettent de déceler si certaines personnes vivent difficilement un événement.











