Directeur de la brigade des incendies de l'usine GE à Bromont, officier au service de Roxton Pond et Sainte-Cécile-de-Milton, pompier à Granby, l'homme a répondu à des centaines appels d'urgence.
Au printemps, il a été le premier à arriver sur les lieux d'une violente embardée. Vision d'horreur. «Il y avait une victime à l'extérieur de l'auto et je savais qu'on ne pouvait plus rien pour elle», confie-t-il.
Les pompiers ont concentré leurs efforts sur la désincarcération d'une femme, toujours coincée dans l'auto. «Tout ce que je voyais c'était un bout de chandail. Là, tu entends gémir, mais tu ne sais pas l'état de la personne.»
La femme a été secourue et a survécu à ses blessures. L'autre occupante n'a pas eu la même chance. «Sur le terrain, j'ai une job à faire. Après, ma pensée va aux proches de la victime», dit M. Rainville.
Un des pompiers, impliqué dans un accident quelques années plus tôt, a été incapable pour sa part d'agir. «Il est sorti du véhicule et a figé, raconte M. Rainville. Il a eu un flashback.»
Une collision dans laquelle une mère et son enfant ont perdu la vie sous le regard impuissant du papa l'a également beaucoup ému. «Tu retournes chez toi et tu y penses...»
»Un homme, ça pleure»
Dans la plupart des services des incendies, un debriefing est organisé après les interventions. Les sapeurs sont appelés à revoir les gestes qu'ils ont posés, mais aussi à s'exprimer sur ce qu'ils ressentent.
«On n'est plus dans le temps de nos ancêtres où les hommes, ça ne braille pas. Ce n'est pas vrai. Un homme, ça pleure, ça a des sentiments», laisse tomber le sapeur.
Les pompiers trouvent aussi en leur conjointe une confidente après des interventions difficiles.
Car Claude Rainville ne s'en cache pas: certaines images de ses interventions lui reviennent en tête. Et il se demande souvent s'il a tout fait ce qui était en son pouvoir. «Est-ce que j'ai fait la bonne affaire? On se remet en doute en revenant à la maison en se demandant si on aurait pu faire mieux.»
Sur la ligne de feu
L'objectif premier des sapeurs en arrivant sur les lieux d'un incendie est de sauver des vies, indique Claude Rainville. Sa pire hantise? Être incapable de le faire.
«Je me suis toujours souhaité de ne jamais entendre une personne crier et ne pas être capable d'aller la chercher», confie-t-il. Un scénario qu'il a imaginé plus d'une fois.
Dans le feu de l'action, les pompiers carburent à l'adrénaline. Mais même s'ils sont formés pour les combattre, les sapeurs doivent craindre les flammes, estime M. Rainville. «Parce que sinon, tu peux devenir un danger pour toi et pour tes collègues», enchaîne-t-il.
Lors de l'important incendie de la rue Principale à Granby, en 2005, il est entré dans la bâtisse en feu. Une intervention dangereuse. «Je voyais le feu à travers les craques du plancher. Un moment donné, le feu courait aussi au plafond. Là, il faut que tu sortes», raconte-t-il.
Le métier de sapeur lui coule littéralement dans les veines, même s'il a vécu de «petits drames» durant sa carrière. «J'ai 51 ans et j'ai encore la passion!»











