Dans sa décision rendue hier, l'arbitre de griefs Richard Marcheterre, du Tribunal du travail du Québec, donne raison à M. Bergeron, soutenant que le travailleur avait été brimé dans son droit à la liberté d'expression et d'opinion. L'entreprise est maintenant tenue de réembaucher cet employé d'ici les 30 prochains jours ainsi que de lui verser une compensation financière équivalant à ses pertes salariales additionnées des intérêts depuis son renvoi.
Un dénouement qui satisfait évidemment le plaignant Jean-François Bergeron, sans emploi depuis le 26 janvier.
Non seulement voit-il dans cette décision une grande victoire, mais il compte en outre porter le controversé gaminet dès son retour au travail.
«Ce n'est pas arrogant, c'est mon droit de liberté et d'expression, et personne ne peut m'en empêcher, a-t-il lancé hier au bout du fil. Un autre employé - athée - qui m'a soutenu à travers cette histoire devrait le porter aussi.»
Selon Daniel Chabot, évêque et porte-parole du mouvement raélien, une manifestation du groupe religieux est également à prévoir au premier jour de travail de M. Bergeron en guise de soutien.
«C'est une victoire pour M. Bergeron, pour le mouvement raëlien, mais surtout pour tous ceux et celles qui sont de véritables et honnêtes défenseurs de la liberté au Québec», a noté M. Chabot.
Jean-François Bergeron a par ailleurs confié avoir reçu deux propositions de règlement à l'amiable de la part de son employeur, avant et après l'audition devant le tribunal, mais les négociations n'auraient pas abouti avant que ne tombe le verdict de l'arbitre Marcheterre.
Donné gagnant par la cour sur les trois griefs qu'il a déposés - sans toutefois exiger de dommages moraux, punitifs ou exemplaires -, le travailleur entend maintenant demander entre 21 000 $ et 26 000 $ en guise de compensation financière, ce qui équivaudrait selon lui aux pertes salariales subies depuis huit mois. Le montant définitif devrait être fixé au terme d'une rencontre avec la partie patronale ce jeudi.
«Je n'irai pas en bas de ça», a laissé savoir M. Bergeron.
Lenteur
Daniel Chabot a par ailleurs déploré la lenteur dont ont fait preuve les différentes instances syndicales au moment des événements au mois de janvier, après quoi elles ont finalement pris le dossier en main et l'ont défendu devant le Tribunal du travail. Il a également évoqué la possibilité que M. Bergeron transporte cette cause devant la Commission des normes du travail.
Joints hier soir, Louis-Philippe Pépin, président du syndicat de Transformateur Delta, ainsi que Michel Courcy, représentant du Syndicat des métallos (FTQ), ont pour leur part soutenu que cette cause avait été défendue au même titre que les autres, et ce, peu importe l'appartenance religieuse du plaignant concerné.
«Les croyances d'un employé ne doivent jamais influencer l'application d'une convention collective», a simplement déclaré M. Courcy.
Directeur financier et responsable des ressources humaines au sein du groupe Delta xfo inc., Charles-André Picotte s'est refusé à tout commentaire, laissant cette tâche aux porte-parole de Hammond Power Solutions Inc., société-mère de l'entreprise. Ceux-ci n'ont pas rappelé La Voix de l'Est.
Rappel des événements
Fabricant de transformateurs de type sec dont le siège social est établi à Boucherville, Transformateur Delta avait plusieurs fois enjoint Jean-François Bergeron, depuis 2007, de ne plus porter de pièces de vêtements à l'effigie du mouvement raëlien, lesquelles portaient les mentions «Dieu n'existe pas» et «Voici le vrai visage de Dieu».
Invoquant le non-respect de son code vestimentaire, l'entreprise avait suspendu son employé plus d'une fois et, le 26 janvier dernier, elle l'a informé de son renvoi, soutenant au cours des jours suivants que ce congédiement n'était pas lié à des considérations religieuses.
Le 4 février, une centaine de raëliens se sont réunis à l'aube pour manifester devant l'usine du boulevard Industriel, promettant alors que la cause serait portée devant les tribunaux.











