«On a au moins le gros orteil, sinon le pied droit, dedans le début de la deuxième vague», confirmait hier la directrice de la santé publique de la Montérégie, Jocelyne Sauvé, lors des conférences de presse tenues successivement à Granby et à Cowansville.
Le nombre d'appels pour des symptômes d'allure grippale à Info-Santé, de visites dans les urgences et de lits occupés par des patients atteints d'influenza ou de pneumonie augmente en Montérégie.
Aux États-Unis, la deuxième vague est déjà bien installée dans pratiquement tous les États. Du 30 août au 10 octobre, 2029 personnes atteintes d'influenza (principalement de la grippe A soupçonne-t-on) ou d'une pneumonie sont mortes. Dans 292 décès, la présence du virus de la grippe A (H1N1) était confirmée. Parmi les personnes décédées, on comptait beaucoup de jeunes de moins de 65 ans. «Il y avait même plusieurs dizaines de décès pédiatriques», retient-elle.
Jocelyne Sauvé était en tournée hier afin d'expliquer pourquoi les autorités de la santé publique ont choisi de vacciner tout le monde. Elle espère que 80 % de la population recevra le vaccin.
Mme Sauvé a aussi tenu à rectifier bien des informations erronées circulant au sujet du vaccin qui alimentent les craintes au sein de la population.
«Je n'en reviens absolument pas de toutes les bêtises qui circulent!», déplore-t-elle. «Il y a plein de monde qui ont des opinions. Mais il y a des gens qui sont des experts et qui se basent sur des faits scientifiques. Ma spécialité médicale, c'est le contrôle des épidémies. Nous, les vaccins, on connaît ça plus que les gens de façon générale et plus que certains médecins chercheurs cliniciens qui ont des opinions personnelles», a-t-elle lancé.
Pourquoi un vaccin?
On craint la grippe A (H1N1) parce que c'est un virus nouveau, pour lequel la population âgée de moins de 60 ans ne possède pas d'immunité. Parce que c'est un virus qui a la faculté de se propager rapidement et qui peut entraîner la mort.
Du 30 avril au 11 juin, le nombre de pays touchés est passé de 11 à 74. Actuellement, 191 pays sont affectés par cette pandémie qui a fait 4735 morts. Le nombre de décès reliés à cette grippe est sans doute de 20 à 30 fois plus important, indique la Dre Sauvé, puisque bien des pays n'ont pas la capacité d'identifier le virus en cause.
Le virus A (H1N1) appartient à la même famille que celui de la grippe espagnole qui avait causé des dizaines de millions de morts en 1918-1919.
«Dans la première vague de grippe espagnole, il y avait très peu de personnes touchées. C'est dans les deuxième et troisième vagues qu' il y a eu des décès. C'est pour ça qu'on s'inquiète.»
«On n'est pas en train de dire qu'il y aura autant de décès que pendant la grippe espagnole, ajoute-t-elle. Mais il faut être prêts à faire face à une hausse de cas (jusqu'à 30 % de la population), d'hospitalisations et de décès- comparativement à l'été dernier. La première vague n'a pas été grave, on ne peut présumer que la deuxième ne le sera pas», indique-t-elle.
La grippe A (H1N1) a aussi la particularité d'atteindre un public différent de celui la grippe saisonnière. Les personnes âgées ne constituent pas ses principales cibles, mais les nourrissons, les enfants, les personnes atteintes de maladies chroniques et les femmes enceintes. De 20 % à 30 % des personnes qui souffrent de complications sont des adolescents ou des jeunes adultes en bonne santé. 291 cas de grippe A (H1N1) ont été identifiés lors de la première vague en Montérégie, mais on présume que le nombre de personnes atteintes a été bien supérieur. Trois personnes en sont mortes. L'âge moyen des gens atteints était 28 ans.
Sécuritaire
La Dr Sauvé martèle que le vaccin est sécuritaire. Sa composition ressemble beaucoup à celle du vaccin pour la grippe saisonnière. Elle compare l'adjuvant, qui fait partie de la majorité des doses de vaccins produits au Canada, à un booster qui le rendrait plus efficace en permettant d'utiliser moins d'antigène (des fragments du virus mort). L'adjuvant fait partie de plusieurs vaccins administrés au pays. On le trouve aussi dans des millions de vaccins utilisés en Europe contre l'influenza saisonnière «sans problèmes particuliers», assure la Dr Sauvé.
Lorsque le virus circule, les experts au Canada conseillent même le vaccin avec adjuvant aux femmes enceintes qui en sont au deuxième et troisième trimestres de la grossesse.
«Les risques hypothétiques du vaccin avec adjuvant sont très inférieurs aux risques très réels de complications de la grippe pour les personnes qui ne sont pas vaccinées», assure la Dr Sauvé.












