Le projet, piloté par les dirigeants des Élevages B & F Boulay de Saint-Césaire en collaboration avec le Club Agri-Durable, permettrait d'utiliser chaque jour 350 mètres cubes de lisier pour produire chaque année un mégawatt d'électricité, l'équivalent de la consommation annuelle d'environ 130 maisons. Le projet, évalué à 11,4 millions de dollars, entraînerait la création d'une dizaine d'emplois.
Â
Selon le procédé proposé, le lisier ainsi que d'autres matières organiques agricoles seront envoyés dans des cuves de fermentation où ils seront chauffés à de très hautes températures pendant 40 jours. Les activités bactériennes libéreront du biogaz (du méthane). Ce biogaz serait ensuite brûlé pour alimenter des turbines, produisant de l'électricité.
Les matières sèches restantes du procédé de méthanisation seraient par la suite transformées en biodiésel. C'est là que réside la clé pour rentabiliser de telles installations, a signalé hier matin Réjean Galvin de la firme Samson Bélair Deloitte et Touche en dévoilant l'étude de faisabilité financière du projet.
Produire et vendre seulement de l'électricité ne permettrait pas de rentabiliser le projet, fait remarquer François Boulay, un des promoteurs. Le prix du kilowatt/heure offert par Hydro-Québec (8 ¢ pour les projets éoliens) est trop bas pour couvrir la production d'électricité, explique-t-il. Il faut donc trouver d'autres sources de revenus, soutient l'homme d'affaires. En ce sens, la vente de biodiésel est très prometteuse. L'étude de Samson Bélair Deloitte et Touche évalue que l'usine de méthanisation pourrait engranger 730 000 $ chaque année en vendant du biodiésel.
Les eaux restantes, près de 90 % du volume à l'entrée du procédé, seraient par la suite filtrées dans des bassins contenant des algues. Les algues capteraient le phosphore. Au terme de ce processus de filtration, les eaux seraient finalement envoyées dans les égouts de la ville ou directement dans la nature. Quant aux algues, elles seraient réintroduites dans le processus.
Voyages d'exploration
L'idée d'une telle usine est venue à M. Boulay après deux voyages d'exploration en Europe, notamment au Danemark, un des plus importants producteurs de porc au monde. M. Boulay cherchait des solutions pour gérer son excédent de lisier. Son entreprise produit 100 000 porcs chaque année. Elle possède juste assez de terres agricoles pour épandre la moitié du lisier, soit 50 000 tonnes cubes. Tout l'excédent doit être exporté vers des terres agricoles situées dans d'autres municipalités puisque celles dans les environs sont en surplus de phosphore. L'exportation du lisier coûte entre 8 $ et 10 $ la tonne, une fortune, note-t-il.
Le parc industriel de Saint-Césaire serait un très bon site pour accueillir une usine de méthanisation du lisier, estime Yvon Boucher, président du Club Agri-Durable. L'ancien maire de Saint-Césaire signale que l'endroit est accessible par plusieurs routes, est proche des producteurs et se trouve à proximité d'installations de transport d'Hydro-Québec. Des entreprises situées dans le parc industriel pourraient par ailleurs utiliser la chaleur dégagée par le brûlage du gaz méthane, fait remarquer M. Boucher. Cela augmenterait les revenus de l'usine.
L'industrie porcine a mauvaise presse au Québec en raison des problèmes causés à l'environnement, fait valoir M. Boucher. Un tel projet aurait des retombées positives sur le bilan vert des producteurs. «On veut faire un projet en faisant la roue complète; gérer le lisier, mais aller plus loin en produisant de l'électricité. Un projet comme ça, c'est l'avenir.»
Partenaires et financement
L'étude de faisabilité en poche, M. Boulay et le Club Agri-Durable recruteront maintenant des producteurs de porcs intéressés à prendre une part active dans le projet. Le groupe explorera ensuite les possibilités de financement. Le projet serait admissible à de subventions liées à la production d'énergie renouvelable, de l'avis du comptable Galvin.
Le projet pourrait voir le jour d'ici deux ans, pense M. Boulay.
Â
Â















