Le dernier rempart du catholicisme

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La disparition de la messe de minuit au... (photo Stéphanie Mantha)

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La disparition de la messe de minuit au profit de messes de Noël plus hâtives dans Brome-Missisquoi n'attriste pas outre mesure le prêtre André Vincent.

photo Stéphanie Mantha

Marc Gendron
La Voix de l'Est

(Granby) Jouez hautbois, résonnez musettes. Dans moins de deux semaines, à minuit le 25 décembre, toute la chrétienté célébrera la naissance du Messie à l'occasion de la fête de Noël. Mais à une époque où la religion a été pratiquement évacuée du mode de vie des Québécois, où nativité rime plutôt avec gâteries et festivités, certaines traditions religieuses ont la vie dure. La messe de minuit est-elle aussi victime du désintérêt des Québécois pour le divin où est-ce là le dernier rempart, la dernière tradition religieuse toujours en vie?

«On ne peut pas s'en cacher, c'est vrai qu'il y a de moins en moins de gens dans les églises», admet le père Marc Allaire.

 

«Hélas, le même phénomène s'applique à la messe de minuit», ajoute celui qui célébrera cette messe en l'église Saint-Luc de Granby, à minuit, le 25 décembre prochain.

À titre d'exemple, cette tradition plus que centenaire bat de l'aile depuis quelques années déjà dans la région de Granby. Seules deux paroisses, Sainte-Famille et Saint-Luc, ouvriront leurs portes aux fidèles tard dans la nuit du 24 au 25 décembre.

Le prêtre indique toutefois que la messe de minuit réussit encore à attirer bon nombre de croyants, y compris des chrétiens qui n'ont pas trop l'habitude d'aller à la messe du dimanche.

«Pour beaucoup de gens, c'est la seule fois de l'année où ils vont faire l'effort de se rendre à l'église», souligne-t-il.

«L'ambiance des Fêtes arrive encore à attirer pas mal de gens, surtout des jeunes qui n'ont pas l'habitude de visiter les églises», indique pour sa part le curé André Vincent, prêtre de l'Unité des vignes qui couvre une bonne part de Brome-Missisquoi.

Même si les messes de Noël attirent les gens, aucune d'entre elles ne sera présentée à minuit dans Brome-Missisquoi,

«Je pourrais dire que c'est décevant, mais ce n'est pas le cas, fait valoir André Vincent. En fait, on y gagne au change. On peinait à avoir suffisamment de bénévoles pour la messe de minuit. Pour des raisons familiales, les gens préféraient venir plus tôt à la messe. Plutôt que de s'obstiner à présenter une messe à minuit où il n'y aurait pas de crèche vivante, pas de chorale, on a préféré devancer leur présentation pour offrir une messe qui comblera et émerveillera les gens. En fait, plutôt que de débuter avec le Minuit chrétien, on termine avec. On finit donc sur un moment fort.»

Tradition perdue

Marc Allaire est conscient que les traditions religieuses se perdent, mais il remarque surtout qu'au Québec, on semble tout faire pour tirer un trait sur le passé.

«Les traditions culturelles, sociales, familiales, religieuses et mêmes individuelles sont en voie de disparition, note-t-il. On dirait que l'on veut se défaire de tout ce qui est associé à notre passé.»

Ce phénomène semble toutefois ne s'appliquer qu'aux Québécois de souche. Pour nombre d'immigrants, il en va autrement. L'arrivée massive de nouvelles communautés culturelles à Granby a même forcé la main aux autorités religieuses locales qui tiendront une messe en espagnol, en soirée le 24 décembre.

En revanche, le prêtre ne jette pas tout le blâme sur la société québécoise, admettant que l'église catholique a elle aussi sa part de responsabilités.

«C'est évident que l'Église aura à faire des changements, dit-il, mais ça ne se fait pas aussi facilement. L'Église catholique est une institution dont la direction est à Rome, mais qui a ses racines partout dans le monde. On ne peut pas s'attendre à ce que cette institution millénaire fasse tout pour refléter les valeurs nord-américaines quand il y a une plus importante masse de croyants issus de cultures plus conservatrices et traditionalistes, comme celles d'Afrique et d'Amérique du sud. L'Église, c'est un gros bateau qui est difficile à faire tourner.»

 

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